Un diagnostic archéologique révèle les mille vies du Palais des comtes de Provence
Les mille vies du Palais des comtes de Provence dévoilées

Un diagnostic archéologique réalisé par les archéologues du Département du Var a permis d'en savoir plus sur le passé et les activités du Palais des comtes de Provence, du XIIIe siècle à nos jours. Les résultats ont été présentés samedi 13 juin 2026 par Sébastien Ziegler, l'un des chercheurs en charge des sondages, lors d'une conférence organisée au conservatoire de Brignoles dans le cadre des journées nationales de l'archéologie.

Des hypothèses étayées par l'analyse des murs

« Ce sont des hypothèses émises et non des certitudes », a répété à plusieurs reprises Sébastien Ziegler, archéologue pour le Département du Var, devant une assemblée d'une trentaine de personnes. À l'auditorium du conservatoire d'agglomération des Ursulines, le chercheur a présenté les découvertes sur l'évolution du Palais des comtes de Provence. Celles-ci ont été rendues possibles grâce à un diagnostic archéologique préventif réalisé en 2025. Pour y parvenir, les équipes du Département ont gratté les murs et retiré les crépis. L'analyse de la composition des murs permet d'identifier et de dater plus ou moins précisément les différentes parties érigées au fil des siècles, ainsi que leurs usages.

Un retour au XIIIe siècle

Pour comprendre pleinement l'enjeu, un retour au XIIIe siècle s'impose. « Le premier palais a appartenu probablement à Béatrice de Savoie au moins jusqu'à sa mort en 1267. Le nouveau palais a été construit entre 1264 et 1284 », rapporte l'archéologue. L'édifice aurait été érigé par Charles Ier d'Anjou ou Charles II d'Anjou. L'organisation est typique d'un château médiéval : « L'entrée du Palais se situait du côté ouest de la structure, sur une assez grande place servant de marché pour Brignoles », explique-t-il. « Au sud, il n'y avait rien de bâti. Un fossé puis des champs. Le mur sud avait pour vocation la défense de la ville et du palais. »

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L'organisation du palais est « classique, typiquement médiévale avec un cellier au rez-de-chaussée, une aula à l'étage, permettant de tenir les réceptions de la cour du comte et la camera (la chambre privée). » Le Palais était très grand, avec une grande cour : « Il ne faut jamais oublier qu'aujourd'hui, il nous manque pratiquement la moitié du palais. Il s'agit de la partie est, constituée aujourd'hui d'habitations, et d'un hôtel particulier par le passé. D'ailleurs, quand on fait le tour du pâté de maisons, on voit très bien les quatre angles du palais dans son ensemble. »

Le cellier et l'aula

Le cellier est très grand. On y accède par une grande porte taillée pour accueillir des chariots. Il se situe au nord de la structure. « Cette pièce est grande car le seigneur doit nourrir sa cour mais aussi collecter l'impôt, payé parfois en nature, avec des denrées ou du vin. Ceux-ci étaient ensuite revendus au marché ou à la foire », détaille l'archéologue.

Au-dessus se situe l'aula, une grande salle de réception pour la cour du comte. « Elle était très haute sous plafond, l'équivalent de deux niveaux. Aux XVIe siècle, l'aula a été réaménagée en deux étages pour y installer notamment l'assemblée communale, mais aussi la cour de justice et celle des comptes », décrit le chercheur. « Sur le mur sud, de grandes baies étaient présentes avec des vocations défensives. »

Évolutions et privatisation

Le palais brignolais a beaucoup évolué. « Une partie a été privatisée très tôt, notamment au profit de la commune. Elle n'était plus utilisée par la seigneurie, laquelle n'en avait plus besoin », explique Sébastien Ziegler. L'équivalent de la mairie à l'époque. Le diagnostic a mis en exergue plusieurs évolutions : un escalier en vis dont la date est estimée entre le XIVe et le XVe siècle, situé à gauche de l'entrée ouest. « L'accès à l'aula pour des raisons défensives était particulièrement difficile. Pour plus de confort, des escaliers ont été ajoutés pour faciliter le tout », explique-t-il. « Il y a pour les châteaux de l'époque toujours des choix à faire entre le confort et la sécurité. »

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Chapelle et prisons

Au XVIe siècle, la chapelle des pénitents est construite sur la partie est de la cour : « L'accès se faisait par le sud, puis par le nord à la fin du XVIe siècle. » À cette même époque, la vie carcérale du palais a débuté. « Il y a eu des prisons sur la partie sud de la cour. Les siècles suivants, elles ont été revues avec de nouveaux murs, des renforcements des structures car les lieux étaient insalubres et les fondations très fragiles », détaille l'archéologue.

Autre découverte : la possible présence d'une galerie à l'ouest du palais. « Celle-ci permettait de relier la partie nord à celle du sud du palais. »

Du XXe siècle à nos jours

« Dernière étape pour arriver au palais que nous connaissons aujourd'hui, c'est l'ajout de bâtiments supplémentaires au XXe siècle, réduisant ainsi encore plus la taille de la cour », raconte Sébastien Ziegler. « Avant cela, dès le XIXe siècle, le logis du seigneur a été transformé en logements pour les fonctionnaires. »

Des zones d'ombre subsistent. « Il faudra faire des recherches approfondies pour avoir plus de certitudes », a conclu le chercheur. « Des sondages supplémentaires seront réalisés au gré des travaux du Musée des comtes de Provence, en 2027 », a annoncé en fin de conférence Alexandre Mahue-Deloffre, directeur de la structure.