La découverte d'un trésor médiéval exceptionnel dans la ville de Termonde, en Belgique, a déclenché une vive controverse entre le propriétaire du terrain, le détecteur amateur qui l'a mis au jour et les autorités locales. Selon Le Monde, la trouvaille, composée de pièces d'or et d'objets précieux datant du XIIIe siècle, suscite bien des convoitises et soulève des questions épineuses sur la propriété légale du butin.
Une découverte fortuite qui change tout
Tout a commencé lorsqu'un détecteur de métaux amateur, muni de son appareil, a exploré un terrain vague situé dans la périphérie de Termonde. En quelques heures, il a mis au jour un lot de pièces d'or et de bijoux anciens, enfouis à une faible profondeur. La valeur estimée du trésor, selon les premiers experts consultés, atteindrait plusieurs centaines de milliers d'euros, voire davantage si certaines pièces s'avèrent rarissimes.
Le détecteur, qui souhaite garder l'anonymat, a immédiatement prévenu les autorités communales, comme le prévoit la législation belge sur les découvertes fortuites. Mais le propriétaire du terrain, un agriculteur de la région, conteste désormais le droit du détecteur à revendiquer une partie du trésor. Il estime que les objets enfouis sur sa propriété lui reviennent de plein droit, en vertu du principe de l'accession.
La bataille juridique autour du trésor
La ville de Termonde, de son côté, a fait valoir son intérêt patrimonial. Selon un responsable municipal cité par Le Monde, « ce trésor est un élément majeur de l'histoire de notre région. Il ne doit pas être dispersé ni vendu aux enchères sans que la collectivité puisse le conserver. » La commune a donc saisi le tribunal de première instance de Dendermonde pour faire reconnaître son droit de préemption, voire la propriété publique du trésor.
L'affaire est complexe car la législation belge distingue plusieurs cas de figure. Si le trésor est considéré comme un « bien culturel » ou un « objet archéologique », il peut être réclamé par la Région flamande. Mais si les pièces sont qualifiées de simple « trésor perdu », le Code civil belge prévoit un partage entre le propriétaire du terrain et le découvreur, à moins que ce dernier n'ait violé une propriété privée sans autorisation.
Le détecteur amateur, lui, affirme avoir obtenu l'accord verbal du propriétaire pour prospecter. « Je lui ai demandé la permission, il m'a dit oui, assure-t-il dans une déclaration rapportée par le quotidien. Maintenant, il veut tout garder. C'est injuste. »
Un précédent qui fait jurisprudence
Cette affaire rappelle le célèbre cas du trésor de Grouville, découvert en 2012 dans l'île de Jersey, qui avait opposé un détecteur amateur à l'État britannique. En Belgique, les précédents sont rares, mais la législation a été renforcée en 2018 pour protéger le patrimoine archéologique. Désormais, toute découverte de plus de 50 ans doit être déclarée dans les 30 jours, sous peine de sanctions pénales.
Le trésor de Termonde, composé de 127 pièces d'or et de six bijoux, a été daté par les archéologues de l'Université de Gand, qui estiment qu'il a été enfoui vers 1270, probablement pendant les troubles liés à la guerre de Succession de Flandre. « C'est une trouvaille exceptionnelle qui éclaire une période mal documentée de l'histoire locale », a commenté le professeur Jan Van der Mersch, spécialiste de numismatique médiévale, cité par Le Monde.
En attendant la décision du tribunal, les objets sont conservés sous scellés dans un coffre de la Banque nationale de Belgique, à Bruxelles. La ville de Termonde espère que le jugement, attendu dans les six mois, lui permettra d'exposer le trésor dans son musée communal. Le détecteur amateur, lui, craint de repartir les mains vides après avoir fait une découverte qui aurait dû être une aventure heureuse.



