Le docteur Bennett au XIXe siècle : Monaco, une ville propre mais un pays écrasé moralement
Le docteur Bennett au XIXe : Monaco, ville propre, pays écrasé

Le regard contrasté du docteur Bennett sur Monaco au XIXe siècle

Le célèbre médecin anglais James Henry Bennett, figure pionnière du tourisme de santé sur la Côte d'Azur au XIXe siècle, a laissé des écrits révélateurs sur la Principauté de Monaco. Installé à Menton après y avoir miraculeusement guéri de la tuberculose, il a non seulement contribué au développement urbain mais a aussi observé avec acuité la vie locale, dépeignant une réalité à la fois idyllique et sombre.

Une ville propre et pittoresque

Dans ses récits, notamment dans Méditerranée, la Riviera comme climats d’hivers et de printemps publié en 1880, Bennett décrit Monaco comme « une jolie petite ville propre, luisante », perchée à cent mètres au-dessus de la mer et offrant un panorama enchanteur avec son petit port animé. Il évoque également la promenade côtière de Roccabrune à Menton, qu'il considère comme l'une des plus belles d'Europe, serpentant le long de criques sablonneuses et de rochers couverts de végétation méditerranéenne.

Il note cependant l'impact du progrès, soulignant que le chemin de fer, bien que salué comme une avancée civilisationnelle, « gâte singulièrement la beauté du paysage ». Il observe avec optimisme que la nature commence à cicatriser ces blessures, tandis que des projets d'infrastructure, comme la route vers Nice, témoignent des efforts prodigieux déployés pour moderniser la région.

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Un pays écrasé moralement par l'oppression

Au-delà des paysages, Bennett plonge dans l'histoire douloureuse de la Principauté. Il décrit la période post-révolutionnaire, sous les règnes d'Honoré V et Florestan Ier, comme une ère de tyrannie dépassant celle du Moyen-Âge. Les habitants de Menton et Roccabrune furent soumis à des impôts ruineux, des monopoles sur les denrées alimentaires et des exactions diverses, visant uniquement à extraire le maximum d'argent.

Cette oppression, selon lui, a écrasé moralement et physiquement la population, entraînant une famine de trente-trois ans qui a altéré la santé générale, rendant les habitants lymphatiques, scrofuleux et anémiques. Il a fallu vingt ans de prospérité et de bonne nourriture pour commencer à inverser ce dépérissement constitutionnel, poussant finalement Menton et Roquebrune à se séparer de Monaco.

La prospérité controversée du casino

Bennett aborde avec scepticisme le redressement économique de Monaco grâce au casino de Monte-Carlo, établi sous le prince Charles III. Bien qu'il reconnaisse le développement extraordinaire de l'établissement et l'estime personnelle portée au prince, il condamne fermement les jeux comme un vice destructeur.

Il témoigne avoir vu « que de ruines, que de carrières brisées, que de santés perdues », évoquant même le « train des décavés » qui emportait chaque soir les joueurs ruinés vers Nice. Il appelle la France et l'Europe à exiger la fermeture du casino, jugé contraire à la morale publique, et suggère que Monaco prospérerait davantage comme station de santé et de plaisance, attirant ainsi « les honnêtes gens en foule ».

James Henry Bennett est mort en 1891 dans les Alpes-Maritimes, laissant derrière lui un héritage médical et des observations historiques précieuses, qui révèlent les paradoxes d'une Principauté à la fois enchanteuse et tourmentée.

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