La mémoire vivante de la bravade de Fréjus
À l'approche de la traditionnelle bravade de Fréjus, qui se déroulera du 24 au 27 avril, l'attention se porte naturellement vers les rues du centre ancien, bientôt animées par les défilés, les salves et les coutumes ancestrales. Mais avant les costumes et les cérémonies, il y a la mémoire précieuse des hommes qui ont vu, année après année, cette fête s'écrire et se transformer. Georges Sénéquier, âgé de 96 ans, fait partie de ces témoins irremplaçables.
Un Fréjusien fidèle à la tradition
Fidèle habitant de Fréjus depuis toujours, Georges Sénéquier a participé à presque toutes les bravades, traversant les décennies au rythme de cette tradition unique. Parmi ses nombreux souvenirs, un moment reste particulièrement marquant : l'année 1953. Car si la bravade plonge ses racines dans une histoire bien plus ancienne, cette année-là représente un véritable tournant pour la célébration.
Après une longue interruption, la fête renaît en 1953, retrouvant progressivement sa place dans le cœur des habitants. Georges Sénéquier explique : "La bravade existait lors des siècles derniers. Puis, en 1905 ou 1906, il y eut un accident grave : un enfant est décédé lors d'une bravade. Il y avait un feu de joie, place Agricola, et les bravadeurs se mettaient autour de ce feu, et 'éteignaient' le feu avec les fusils. Mais un enfant est entré au moment où ils tiraient… cela a été un coup d'arrêt !"
La renaissance après une longue pause
Une longue période de pause commence alors, jusqu'au début des années 1950. "Et là, les anciens, qui avaient connu les bravades, s'inquiétaient : 'Si on ne fait rien, cela va disparaître complètement'. C'est ainsi que l'idée a germé…" raconte Georges Sénéquier. L'association des Amis de Saint-François-de-Paule voit le jour, et la première bravade, dans sa nouvelle version, a lieu en 1952.
"Les épouses ont commencé par confectionner les costumes pour les enfants, et une compagnie d'enfants a défilé en 1952." Une première édition exclusivement composée d'enfants ! Georges Sénéquier, qui avait 22 ans à l'époque, apprécie cette toute première manifestation avec ses camarades. "Cependant, entre nous, on s'est dit qu'il faudrait refaire une 'vraie' bravade comme les anciens ont connu." Ce qui sera effectivement réalisé en 1953.
Un voyage de noces interrompu pour la tradition
Ce sera la première bravade, en armes, de Georges Sénéquier. "J'avais 24 ans et je venais de me marier. En plein voyage de noces, j'ai dit à mon épouse qu'il fallait rentrer à Fréjus pour la bravade !" Son épouse, Marie-Jeanne, se souvient encore aujourd'hui, après 73 ans de mariage : "Je lui avais répondu 'Quoi ? C'est quoi ça, la bravade !' Moi qui étais Dracénoise, je n'en avais aucune idée…"
Au fil du temps, cette renaissance a été portée par l'envie de faire revivre une identité locale et de transmettre un héritage culturel précieux. Depuis lors, la bravade n'a cessé d'évoluer et de se développer.
- Les costumes se sont précisés et enrichis
- L'organisation s'est structurée et professionnalisée
- Les compagnies participantes sont devenues plus nombreuses
- L'événement a gagné en ampleur et en reconnaissance
Un lien intact entre les générations
Mais, à travers les décennies, l'essentiel est resté intact : ce lien profond entre une ville et son histoire, entre les générations qui la font vivre. Une tradition qui se vit pleinement au présent, mais qui ne tient debout que grâce à ceux qui se souviennent et transmettent.
La bravade de Fréjus, dont les origines remontent à 1629 lorsque les Fréjusiens choisissent Saint-François-de-Paule comme protecteur, et dont la première forme militaire est instaurée en 1784, continue ainsi de rythmer la vie de la cité, portée par la mémoire vivante d'hommes comme Georges Sénéquier.



