Connaissez-vous la collection de carreaux Benoît Faÿ à Salernes ? Cette exposition permanente, installée au musée Terra Rossa, reste méconnue même de certains habitants. Pourtant, elle suscite l'admiration des visiteurs avertis et offre un véritable voyage à travers le temps.
Une collection née d'une passion
Sophie Magnier, directrice de Terra Rossa et âme de la Maison de la céramique de Salernes, se souvient de l'arrivée de la collection. « J'ai connu Benoît Faÿ en 2009. Il est venu plusieurs fois pour organiser la mise en place de l'exposition. À l'époque, Nicole Fanelli était maire, et Gilbert Santacana, qui connaissait Benoît Faÿ, avait créé le contact », raconte-t-elle. Initialement conçue comme temporaire, l'exposition est devenue permanente grâce aux meubles et présentoirs spécialement conçus par le musée, qui ont séduit le collectionneur. Benoît Faÿ, brocanteur de métier, avait accumulé chez lui, à Gerberoy (Oise), une quantité énorme de carreaux rares. Heureux d'avoir trouvé l'écrin parfait, il a installé environ 7 000 carreaux uniques retraçant l'histoire de la céramique décorative française du Moyen Âge au XIXe siècle.
Des trésors à découvrir
Pour honorer le travail de recherche du collectionneur, un catalogue intitulé « Le Monde carré de Benoît Faÿ » a été édité. Malheureusement épuisé, son contenu reste disponible en ligne. « La collection est classée par époque », précise Sophie Magnier. « Je souhaiterais que ce catalogue puisse être réédité, car je suis certaine qu'il trouverait de nombreux amateurs. » Benoît Faÿ, passionné depuis l'enfance, ramassait des carreaux dans les ruines des édifices détruits par la Première Guerre mondiale en région parisienne et dans l'Oise. « On peut dire qu'à ce moment-là, il est tombé amoureux des carreaux ! » sourit-elle.
Au musée, des pépites sont visibles. Benoît Faÿ avait classé et daté les carreaux, rendant la collection accessible. Sophie Magnier note toutefois qu'un travail de marquage serait nécessaire pour identifier précisément le lieu et la terre des carreaux les plus anciens. « C'est du patrimoine culturel, chaque carreau est unique et mérite d'être observé attentivement. » Elle a ses favoris : « On a des carreaux qui représentent les Fables de La Fontaine. Et les trois carreaux autour du thème de la Révolution sont remarquables de finesse et de détails, peints à la main avec une technique unique pour l'époque. Et n'oublions pas l'histoire de la petite girafe ! Les trois carreaux parlent de l'arrivée de la première girafe en France, débarquée à Marseille et transportée jusqu'à Paris. L'illustration laisse supposer que le dessinateur n'avait jamais vu de girafe de sa vie… »
À la recherche de soutiens
La valeur de cette collection mérite une visibilité accrue. Toute la Maison de la céramique pourrait être valorisée avec des fonds. Le travail d'experts, les échanges artistiques et scientifiques nécessitent des subventions, du mécénat ou du sponsoring. Actuellement, les ateliers du mardi consacrés à la tomette reprennent vie. Les visites guidées dans le cadre des tours de Salernes pour touristes mettront en lumière le musée. Un festival annuel de la céramique est en projet, inscrivant le musée dans le calendrier des animations. Les 300 m² d'exposition permanente offrent un décor d'excellence pour découvrir cet art fragile, les colorations et techniques des artisans d'époque. Cette collection s'intègre parfaitement dans la tradition des céramistes locaux, soucieux de perpétuer leur savoir-faire. Renseignements sur terrarossasalernes.fr et lemondecarre.com/nouveaux_carreaux.



