Le mystère du double naufrage de la Justine et de l’Olympia en 1867
Double naufrage de la Justine et de l’Olympia : le mystère

Dans la nuit du 14 février 1867, une tempête d’une violence exceptionnelle s’abat sur le littoral des Aresquiers, entre Frontignan et Sète. Deux bricks de l’époque napoléonienne, la Justine et l’Olympia, s’échouent à quelques encablures l’un de l’autre, provoquant la mort de sept marins. Ce double naufrage, longtemps resté énigmatique, a été résolu en partie par les archéologues de la Section de recherche archéologique subaquatique et sous-marine (Srassmf) de Frontignan, mais des questions persistent.

Un cold case sous la mer : la découverte des épaves

La côte entre Frontignan et Sète recèle de très nombreuses épaves. En 45 ans, la Srassmf a détecté pas moins de vingt navires, allant de l’époque romaine au XXe siècle, et autant resteraient encore cachés dans les profondeurs. « La côte est très basse et ne se voit pas en cas de mauvais temps, les bateaux s’approchent, et se retrouvent sur le sable, de l’Antiquité jusqu’au XIXe siècle, la navigation a été compliquée », explique Marine Jaouen, responsable de la façade Occitanie au sein du Drassm (Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines), dans une déclaration à Midi Libre.

En 2007, un chasseur de poulpes découvre les restes d’un brick-goelette à 150 mètres du rivage, face à Vic-la-Gardiole. Autour, des blocs de soufre, identiques à ceux importés d’Italie pour traiter l’oïdium qui ravageait les vignes françaises à l’époque. Les archéologues baptisent cette épave « Aresquiers 12 ». Ce n’est qu’en 2016 que la Srassmf identifie formellement le navire comme la Justine, grâce à l’empreinte d’une pièce de monnaie gravée « Napoléon III empereur 1862 ».

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Le rôle clé des archives et du témoignage d’un cuisinier

L’Olympia, brick grec, était quant à lui totalement perdu dans les mémoires. C’est Laurence Serra, archéologue sous-marin du CNRS rattachée à l’Université d’Aix-Marseille, qui le redécouvre à partir de 2016 en fouillant les archives de la médiathèque Émile Zola de Montpellier. Elle retrouve le journal Le Messager du Midi, qui relate au lendemain du drame le témoignage d’un cuisinier rescapé de la Justine. Ce naufragé avait signalé aux autorités maritimes que la Justine avait en réalité été percutée en pleine tempête par un bateau grec transportant du soufre et du blé.

Un détail trouble : le second officier de la Justine n’a jamais mentionné cet abordage. « A-t-il peur d’être tenu responsable de la mort du capitaine et de l’équipage ? Cède-t-il sous la pression des affréteurs marseillais qui se sont déplacés à Sète pour lui dicter sa déposition, et toucher l’assurance pour la marchandise ? », interroge Laurence Serra dans son livre « La Justine et l’Olympia 1867 », qualifiant l’affaire de « cold case sous la mer ».

Des zones d’ombre persistantes

Le drame a fait sept noyés sur neuf marins pour l’équipage de la Justine, dont le capitaine Jean Celly et l’un des six pêcheurs venus de Palavas les secourir. L’équipage de l’Olympia, lui, était sain et sauf. Les archéologues ont constaté que la cargaison de blé de l’Olympia était agglomérée à des concrétions métalliques, ce qui ajoute une couche de mystère. Pourquoi, alors que la tempête faisait rage depuis trois jours, l’Olympia a-t-il quitté le port de Sète vers 11 heures du soir par une mer démontée ? Fuyait-il quelque chose ?

Ces questions restent sans réponse, et le mystère du double naufrage de la Justine et de l’Olympia demeure toujours, malgré les progrès de l’archéologie sous-marine.

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