Dinosaures d'Angeac : un futur musée à l'horizon 2030
Dinosaures d'Angeac : un futur musée en 2030 ?

« C'est un vrai ? » s'étonne une mère de famille en vacances dans la région, face au fémur de plus de deux mètres exposé au musée d'Angoulême. « Oui, oui, c'est un original », répond Émilie Salaberry, directrice du musée. L'os provient d'un turiasaure, un dinosaure herbivore de 20 mètres de long et de plus de 20 tonnes, qui vivait en Charente il y a 140 millions d'années. Une pièce digne des plus grands Muséums d'histoire naturelle.

Non loin de là, les fossiles originaux d'un camarasaure, autre herbivore, sont également présentés au public. Et en se retournant, on peut admirer la reconstitution d'un squelette d'ornithomimosaure – ce « dinosaure-autruche » – réalisée à 95 % avec des fossiles authentiques. Tous ces vestiges proviennent du site d'Angeac-Charente, fouillé depuis 2009 entre Angoulême et Cognac. Une collection exceptionnelle, qui alimente la recherche scientifique internationale et attire chaque année des experts du monde entier.

Un gisement parmi les plus prolifiques au monde

Le site d'Angeac-Charente est l'un des plus prolifiques de la planète : 16 000 fossiles ont déjà été exhumés, pour la plupart entreposés dans les réserves du musée d'Angoulême. Ce dernier a officiellement la charge du référencement et de la valorisation de cette collection. Une mission qui pose une question de taille : comment faire profiter le grand public de cette manne ?

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Le maire d'Angoulême, Xavier Bonnefont, ne cache pas son ambition d'« exploiter ces milliers de vestiges ». Il précise : « Nous réfléchissons avec le département de la Charente et l'agglomération du Grand-Cognac à la mise en lumière de cette richesse. Cela pourrait se traduire par un site dédié, à Angeac, ainsi qu'une mise en valeur renforcée au musée d'Angoulême, à l'année. »

Un futur musée à Angeac, visé pour 2030

Côté collectivités, le projet est déjà bien avancé. Jérôme Sourisseau, président de l'agglomération du Grand-Cognac, détaille : « Nous avons le projet de construire, à Angeac, un lieu consacré à une exposition de dinosaures, centré sur l'apprentissage à la culture scientifique, et qui serait aussi un lieu d'accueil pour les scientifiques du monde entier qui se rendent chaque année sur le chantier de fouilles. »

Le futur bâtiment devra accueillir la reconstitution d'un des grands herbivores d'une vingtaine de mètres de long mis au jour à Angeac. « Un grand dinosaure, c'est la tête de gondole, donc il devra effectivement être présent, reste à savoir sous quelle forme, car il paraît difficile de dimensionner le futur bâtiment uniquement pour cela », prévient l'élu. Plusieurs pistes sont étudiées : « Il pourrait être présenté soit en extérieur, soit à l'intérieur, mais à la moitié de sa taille réelle. » Le calendrier est fixé : ouverture « d'ici à l'été 2030 », avec une fréquentation attendue de « 40 000 à 50 000 visiteurs par an ».

En attendant cette échéance, l'agglomération propose dès à présent au public, à Angeac, une animation immersive en 3D nommée Le Tumulte. Conçue par une entreprise de l'écosystème Magelis, le pôle de l'image d'Angoulême, elle permet de recréer l'environnement du site au temps des dinosaures. « Cela fait plusieurs années que l'on travaille avec cette entreprise pour recréer l'environnement du site d'Angeac il y a 140 millions d'années », explique Émilie Salaberry. Les collaborations ne manquent pas avec le monde de la BD – Angoulême est aussi la capitale du 9e art. Le dessinateur Mazan croque ainsi le chantier de fouilles depuis ses débuts. Les initiatives locales vont même plus loin : charentaises-dinosaures, paléo-vin, paléo-pâté… « Certains se sont pris de passion pour ce site », sourit la directrice du musée.

Les fouilles, partiellement ouvertes au public, attirent elles-mêmes une foule de curieux : environ 2 000 personnes se pressent sur le site durant les trois semaines de campagne chaque année. Un engouement qui conforte la popularité des dinosaures, « désormais partie intégrante de la culture populaire », selon Laurent Crépin, conservateur du musée d'Angoulême.

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La spéculation, menace pour les sites et pour la science

Cette popularité a toutefois des effets pervers. Le marché des fossiles s'est emballé, comme l'illustre la vente, en juillet, d'un squelette de T-Rex pour 50 millions de dollars chez Sotheby's à New York. « La paléontologie a toujours suscité de l'intérêt de la part du monde amateur, mais les tarifs se sont envolés ces dernières décennies, ce qui crée une bulle spéculative sur certains squelettes », analyse Laurent Crépin. « Cela fait surgir des personnes plus attirées par la spéculation, et parfois les prix s'envolent pour des pièces qui ont très peu d'intérêt scientifique. »

La fièvre peut même compromettre la sécurité des chantiers. « Dans certains pays, il y a même des gens armés qui sont là pour surveiller le temps des fouilles », déplore le conservateur. Le site d'Angeac est pour l'instant relativement protégé : « En dehors de la période de fouilles, Angeac est un site naturellement protégé car il est au fond de l'eau. Et durant les fouilles, il y a toujours du monde, de jour comme de nuit. Mais on se questionne en permanence sur la sécurité du matériel que l'on sort, car on a toujours la peur que quelque chose se passe. »

Laurent Crépin regrette par ailleurs l'attitude de certains collectionneurs : « Le milieu des collectionneurs cherche à accumuler des pièces, en contradiction avec le but recherché par la science. C'est d'autant plus regrettable que chaque pièce sortie de son contexte n'a plus aucun intérêt scientifique. » Il reconnaît néanmoins que « ce sont les amateurs qui découvrent la majorité des gisements », et plaide pour un rapprochement : « Mais on pourrait espérer davantage de collaborations avec le monde scientifique. »