Une aquarelle posée sur un piano, une carte postale oubliée dans un tiroir, et une famille qui se reconstruit après deux générations. Muriel Cintré, née Leitzélément, voulait simplement savoir d’où elle venait. En menant des recherches sur sa famille d’origine, elle est tombée sur le site Coursegoules-histoires.fr, consacré à l’histoire de ce village perché au-dessus de Saint-Paul-de-Vence, dans les Alpes-Maritimes. « Je voulais simplement comprendre d’où je venais, confie-t-elle. Et je tombe sur des documents qui parlent du village de ma famille. Là, tout s’est éclairé. »
Touchée par les archives présentées en ligne, Muriel décide d’apporter sa pierre à l’édifice. Elle envoie aux responsables du site deux aquarelles réalisées par son père : la porte fortifiée de l’Est et la chapelle Saint-Jean. Ces deux œuvres trônaient depuis toujours sur le piano familial, témoins silencieux d’une histoire que personne ne racontait plus. Dans ses propres affaires, elle retrouve également une carte postale ancienne du lavoir du Plan. On y voit une bugadière, une lavandière d’autrefois, en plein travail : son arrière-grand-mère, Marie Euzière. « Ces images, je les voyais depuis toujours, raconte Muriel. Mais je ne savais pas qu’elles pouvaient encore parler à quelqu’un d’autre. »
Une lignée retrouvée grâce à Internet
Le nom de jeune fille de Muriel, Leitzélément, intrigue immédiatement les responsables du site. Dans ce village, ce patronyme est porté depuis plusieurs générations par une famille locale. Les pièces du puzzle s’assemblent : leur ouvrage consacré à Coursegoules évoque d’ailleurs une institutrice de Saint-Barnabé issue de cette même lignée. La mise en relation se fait alors naturellement, par un simple coup de téléphone. Après un silence de deux générations, deux cousines issues de germain se découvrent : Lucette Benoit et Muriel Cintré, née Leitzélément.
« On ne savait même pas que l’autre existait, raconte Lucette. Et soudain, grâce à ce site, tout s’est remis en place. » Les deux femmes, qui se sont reconnues au bout du fil, décident de profiter des vacances pour se retrouver enfin à Coursegoules. Elles parcourent ensemble les ruelles du village perché, deux générations après la séparation de leurs branches familiales, comme si elles refermaient une boucle longtemps restée ouverte. La rencontre, chargée d’émotion, leur permet de mettre des visages sur des noms et des histoires seulement entendues dans l’enfance.
Des cartes postales qui parlent encore
La plongée dans les archives ne s’arrête pas là. En poursuivant ses recherches, Muriel met la main sur plusieurs cartes postales, dont une totalement inédite. Adressée en 1912 à son grand-père Joseph, elle est signée Joséphine Clavel, filleule de la famille. Or, les descendants de Joséphine Clavel vivent toujours à Coursegoules. Une autre carte, signée M. Revollon, révèle un autre pan de l’histoire : son auteur est le créateur du premier restaurant-épicerie-bar du village et un lointain parent de l’actuel maire de Coursegoules. Ces documents, vieux de plus d’un siècle, montrent combien les réseaux familiaux du village restent d’actualité.
Au fil des découvertes, ce sont finalement trois familles du village qui se trouvent reconnectées. Les deux cousines, longtemps ignorantes de leur histoire partagée, visitent tous les lieux communs qui ont jalonné le passé de leurs ancêtres : le lavoir, la chapelle, la porte fortifiée, autant de témoins silencieux d’une mémoire commune. « On recoud ce qui avait été défait, résume Muriel. Tout cela grâce à quelques images... et à un site internet. »
Un site qui relie les familles
Coursegoules-histoires.fr s’impose ainsi comme un véritable trait d’union entre les habitants, les anciens du village, les descendants partis loin et tous ceux qui cherchent à comprendre leur histoire. Les responsables du site, conscients de la richesse de ces échanges, lancent un appel à contribution : photos, aquarelles, lettres, cartes postales anciennes, tout ce qui raconte le pays est bienvenu pour enrichir cette mémoire collective. Chaque document peut réveiller un lien insoupçonné, comme ce fut le cas pour Muriel et Lucette.
« On ne sait jamais ce qu’une image oubliée peut réveiller, concluent-ils. La prochaine belle histoire sera peut-être la vôtre. » Une invitation à fouiller les greniers et les albums de famille, car derrière chaque cliché jauni se cache peut-être une lignée qui n’attend que d’être retrouvée.



