Depuis 1946, République devenu Var-matin, issu de la Résistance, est le compagnon d'information favori des Varois. Suiveur passionné et privilégié de l'actualité quotidienne du département, le média d'aujourd'hui est l'humble et fier héritier d'une riche histoire humaine et industrielle, étroitement liée à ses territoires.
Genèse dans la Libération
Comme pour la plupart des titres actuels de presse écrite, la genèse de Var-matin trouve ses racines lors de la Libération de 1944, tandis que les journaux collaborationnistes (Le Petit Var, Le Petit Marseillais et Le Petit Provençal) disparaissent. Le paysage médiatique départemental fait ainsi sa révolution. Dès le 26 août 1944, les bureaux du Petit Var sont réquisitionnés. Le Var libre s'installe à sa place. Il deviendra La Liberté du Var le 24 octobre.
Dans son numéro 1 du 29 août il écrit : « Le Petit Var est mort. Entre tous, par le choix de ses titres et de ses nouvelles, il était le plus abject. Sa trahison même l'a tué… Aujourd'hui paraît Le Var Libre. Il est le signe même de l'union de tous ces Français, née dans la résistance et que doit cimenter la victoire. Au-dessus des partis et par l'union des partis, il entend servir la Patrie. »
Scission et naissance de République
Dans le journal, la coexistence entre actionnaires de tendance communiste et ceux de tendance socialiste est difficile : le ministère de l'Information autorise la scission du journal en 1946. À partir de cette date, les communistes et le mouvement de résistance Front National éditent « Le Petit Varois », tandis que les socialistes et les membres du mouvement de Libération éditent « République » : c'est l'acte de naissance officiel de l'actuel « Var-matin ».
Avec Le Provençal de Gaston Defferre
C'est ainsi avec la fédération du Var du parti socialiste que « Le Provençal » de Gaston Deferre négocie en 1954, l'acquisition de « République », officielle le 12 avril. Le tandem Francis Leenhardt-Jacques Defferre (frère de) en prend les commandes. C'est le début d'une longue histoire : ils tiendront la barre jusqu'à leurs décès, respectivement en 1983 et 1986.
Révolution technique à Ollioules
Basé rue Truguet, à Toulon, depuis sa création, République vit une véritable révolution, notamment technique, en 1970, en s'installant dans sa « technopôle », à Ollioules. Là, Var-matin République sera l'un des tout premiers journaux d'Europe à faire profiter ses lecteurs de la technologie « offset » et quadrichromie (méthode de reproduction d'images). À titre de comparaison, Nice-Matin ne passera à cette technologie que sept ans plus tard, en 1977.
Fusion avec Nice-Matin
Peu de temps après le décès de Jacques Defferre en 1986, le groupe Hachette-Lagardère acquiert Var-matin, officiellement le 1er juillet 1987. Le groupe détient également Le Provençal et Le Méridional, qui fusionnent en 1995 pour créer La Provence, basé à Marseille. Et fin décembre 1997, se porte également acquéreur de Nice-Matin.
Le 3 septembre 1998 a lieu une nouvelle révolution pour la presse écrite varoise : les deux titres et les deux rédactions fusionnent dans un Var-matin qui change de logo pour devenir… bleu. Tout un symbole : rouge jusqu'alors, Var-matin était alors souvent catalogué à gauche, et l'édition varoise de Nice-Matin à droite. Les équipes, aux méthodes parfois très différentes, doivent désormais travailler ensemble.
Convié à la cérémonie de naissance du journal, à Nice, un élu varois goguenard ironisera : « Il y avait deux journaux, il n'y en a plus qu'un : ce n'est pas une naissance, c'est un décès ».
En interne, des histoires de chapelle, très humaines, peuvent générer des tensions. Mais sur le plan comptable, la fusion est présentée comme un succès, et la déperdition de lecteurs comme marginale (au moment de la fusion, Var-Matin tirait à 65 000 exemplaires, et 35 000 pour Le Var Nice-Matin, pour un peu moins de 900 000 habitants dans le département).
Depuis cette date, la trajectoire de Var-matin est liée au groupe Nice-Matin. Le siège départemental de Var-matin quitte sa base ollioulaise, et s'établira ensuite à Toulon, successivement rue Mirabeau, boulevard de Strasbourg, place Besagne, et enfin boulevard Clemenceau, où elle est établie aujourd'hui.
Passage au tabloïd et changements de propriétaires
Après la fermeture d'Ollioules, l'impression est réalisée à Nice. C'est là qu'a lieu un nouvel événement de (petite) taille le 8 avril 2006 : Var-matin abandonne son historique grand format (« broadsheet ») pour le format tabloïd.
En 2007, Arnaud Lagardère, quelques années après le décès de son père Jean-Luc, cède l'entreprise au Groupe Hersant Médias (GHM), également acquéreur du voisin régional La Provence. Mais la holding GHM est financièrement exsangue. En 2010, Philippe Hersant annonce vouloir vendre le siège historique de Nice-Matin : il devra reculer après une mobilisation massive des salariés.
En décembre 2012, un accord est trouvé pour la reprise du Groupe Hersant Média avec Bernard Tapie. À l'issue d'une période de conciliation, l'homme d'affaires entre au capital de GHM. Il devient alors copropriétaire du groupe à 50-50. Mais quelques mois plus tard, les deux actionnaires souhaitent (déjà) se séparer, et un accord entériné en 2013 : la famille Hersant garde le Groupe Nice-Matin, et Bernard Tapie La Provence.
Aventure coopérative et arrivée de Xavier Niel
En 2014, la situation de GHM se dégrade encore. Impacté par la situation de son actionnaire majoritaire, le groupe Nice-Matin est placé en redressement judiciaire. De cette crise émergera une aventure humaine et éditoriale rare : l'avènement d'une Société coopérative d'intérêt collectif (SCIC), fin 2014, avec le feu vert du tribunal de commerce : le journal est aux mains de ses propres salariés.
Le projet prévoit de s'adosser à un actionnaire, et en 2016, un accord est trouvé avec le groupe belge Nethys, via sa filiale Avenir Développement (AD), qui acquiert 34 % des parts et s'engage à « monter » à 51 % au 31 décembre 2018. Et patatras, le groupe public belge Publifin, maison mère de Nethys, est impliqué dans un scandale d'emplois fictifs, et les engagements ne sont pas tenus…
En juillet 2019, l'entrepreneur Xavier Niel, fondateur de Free, rachète AD via la holding NJJ, et s'engage à honorer le fameux pacte d'actionnaire. Le 13 février 2020, NJJ devient l'unique propriétaire de Var-matin et du groupe Nice-Matin.
Depuis, le siège éditorial niçois a quitté son siège historique du boulevard du Mercantour, et l'imprimerie aussi, tout récemment : depuis quelques jours à peine, et l'édition du 11 juin 2026, Var-matin est désormais imprimé à Vitrolles, sur un site partagé avec Nice-Matin, Monaco-Matin et La Provence, dans un format un tout petit peu plus petit.
Un avenir tourné vers la proximité
L'histoire se poursuit aujourd'hui, entre la volonté éditoriale de demeurer un média de référence, leader dans le Var, et celle de continuer à innover pour répondre aux défis contemporains. À l'ère des fake news, des réseaux sociaux, d'un nécessaire esprit critique face aux contenus, les médias ont un rôle majeur à jouer, avec leurs droits et leurs devoirs. Var-matin continue de miser, d'abord, sur la proximité, mais aussi sur des valeurs fondamentales telles que l'indépendance, la neutralité et bien entendu le contrat de vérité pour maintenir une relation de confiance historique avec la population varoise. Pour encore 80 ans, et bien plus encore…



