Une histoire millénaire marquée par les épreuves
La cathédrale Saint-André de Bordeaux, le lieu de culte le plus imposant et le plus visité de la ville, s'élève fièrement en plein centre-ville, place Pey-Berland, à proximité immédiate de la mairie. Son emplacement actuel repose sur les vestiges d'une église primitive fondée au IIIe siècle, qui fut mise à sac et détruite par les invasions successives des Wisigoths, des Sarrasins et des Normands. En 814, Louis le Pieux accorde un diplôme d'immunité à la cathédrale, plaçant ses édifices adjacents, l'Église Sainte-Marie et la Chapelle Sainte-Hélène, sous la protection judiciaire du roi.
Reconstruction et consécration
Partiellement reconstruite au XIe siècle sous l'impulsion des moines de l'abbaye de Sainte-Croix, la cathédrale adopte un style gothique avec ses flèches pointues ciselées, ses arcs massifs, ses voûtes imposantes et ses vitraux éclatants. En 1096, le pape Urbain II la consacre lors d'une tournée sur les bords de la Garonne pour prêcher la Première Croisade, marquant ainsi son importance spirituelle.
Mariages royaux et visites illustres à travers les âges
La cathédrale Saint-André a été le théâtre de nombreux événements historiques majeurs. En 1137, elle célèbre le mariage d'Aliénor d'Aquitaine, alors âgée de quinze ans, avec Louis VII, le futur roi de France. Cinq siècles plus tard, en 1615, c'est au tour d'Anne d'Autriche, Infante d'Espagne, et de Louis XIII, roi de France et de Navarre, de s'unir dans ce lieu sacré. Les fouilles archéologiques de 2003, menées devant l'entrée nord dans le cadre du retour du tramway à Bordeaux, ont exhumé les décombres d'une tour porche de plusieurs étages, vestiges silencieux de ces cérémonies fastueuses.
Visites de personnalités emblématiques
Au XVIIe siècle, la cathédrale accueille le roi Louis XIV, accompagné de la reine-mère Anne d'Autriche et du cardinal Mazarin, en 1650. Molière, en tournée à Bordeaux, y signe le livre de baptême du fils d'un de ses compagnons en 1656. Au XIXe siècle, Napoléon Ier, de passage dans le port de la Lune en 1808, constate les dégâts subis pendant la Révolution et ordonne sa remise en état. Plus récemment, le 28 mai 1948, elle est le cadre du mariage princier de Josette Bouglione, fille du roi du cirque Joseph Bouglione, un événement médiatisé avec un éléphant pour carrosse et six lions comme témoins. Enfin, le 12 juin 1992, la reine Elizabeth II d'Angleterre et le duc d'Édimbourg l'honorent de leur visite, aux côtés de Jacques Chaban-Delmas, maire de Bordeaux.
Évolution architecturale et construction de la tour Pey Berland
La cathédrale n'a cessé d'évoluer au fil des siècles. Sa nef, de style gothique angevin, date du XIIe siècle. Le déambulatoire, entrepris vers 1280, lui est raccordé vers 1330. L'archevêque Pey Berland marque durablement l'architecture au XVe siècle en faisant construire la tour éponyme, qui s'élève à quelques mètres à l'est du chevet. Après avoir fondé des hôpitaux pour les pauvres, comme Saint-Pierre en 1436, il pose la première pierre de ce campanile séparé en 1440, achevé seulement en 1500.
Une succession de catastrophes naturelles et humaines
La cathédrale a subi de nombreuses épreuves : un tremblement de terre provoque l'effondrement d'une partie de ses voûtes le 2 février 1427. Le 25 août 1787, un incendie, déclenché par des travaux de réparation de la toiture, ravage sa charpente du chœur, rappelant tristement l'incendie de Notre-Dame-de-Paris plus de deux siècles plus tard. Après la Révolution, elle est utilisée à des fins laïques, servant de magasin à fourrage ou de salle pour des fêtes patriotiques, ce qui entraîne une détérioration importante. Rendu au culte en 1801, il faut attendre le décret impérial de 1808 pour que des restaurations débutent. Le 2 mars 1820, un ouragan renverse le fronton de la façade nord sur les voûtes qui s'écroulent, suivi par la foudre frappant une des flèches.
Grands travaux de restauration et modernisation
Après l'installation de la mairie dans le palais Rohan en 1836, la Ville de Bordeaux décide de dégager la cathédrale des ruelles environnantes pour créer la place Pey Berland. En 1844, l'ancien cloître situé sur le flanc sud est détruit malgré les protestations. Dans les années 1860, Paul Abadie, architecte diocésain, fait abattre le cloître en 1865 pour le remplacer par des sacristies et annexes de 1869 à 1879. Un nouveau chantier monumental de restauration des façades extérieures et de la couverture de la nef s'ouvre en 1995, avec une phase finale achevée en novembre 2023. Après la réfection de la façade sud et de sa couverture commencée en février 2021, des chantiers intérieurs s'étendront sur plusieurs années, témoignant d'une vie de cathédrale toujours en mouvement.
Patrimoine mondial et classement historique
Classée monument historique par liste de 1862 et propriété de l'État, la cathédrale Saint-André est située au sein du site patrimonial remarquable de Bordeaux, dans le Port de la Lune, inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco. Depuis 1998, elle figure également sur la liste du patrimoine mondial comme composante des « Chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France », affirmant sa valeur culturelle et historique inestimable.



