L’artiste bordelais.e Elips a été choisi.e pour porter haut les valeurs humanistes de la Marche des fiertés. Interrogée une semaine avant l’événement qui aura lieu le 30 mai 2026, à Bordeaux, la drag queen promet un show spectaculaire et engagé.
Un rôle d’ambassadeur.rice
Son nom de scène est une figure de style. Elips mettra tout le sien pour représenter la trentième Marche des fiertés à Bordeaux. Révélé.e au grand public lors de la première saison de Drag Race France, en 2022, elle sera présent.e dès le début de la Marche, place des Quinconces à 14 heures, et jusqu’à l’after Pride, une grande fête avec DJ, performances et discours, qui aura lieu dès 17 heures quai des Sports.
Quel est le rôle d’un.e ambassadeur.ice de la Marche des Fiertés ?
Mon rôle pour la Pride de Bordeaux est avant tout de faire rayonner l’événement et de porter sa visibilité le plus largement possible. L’idée est de mettre en lumière toute la communauté avant, pendant et après la Marche, en défendant une parole à la fois fédératrice et politique.
Il est essentiel de rappeler que la toute première Marche des Fiertés est née d’une émeute, à Stonewall, à New York, en 1969, portée notamment par des lesbiennes et des femmes trans racisées comme Marsha P. Johnson, Sylvia Rivera et Stormé DeLarverie. Si nous pouvons aujourd’hui nous rassembler depuis trente ans à Bordeaux pour la Pride, c’est grâce aux luttes menées par ces personnes avant nous. Je trouve important de rappeler d’où viennent nos combats et qui les a portés, particulièrement dans une période où les droits des personnes trans sont encore fortement remis en question dans de nombreux pays.
Comment avez-vous réagi quand vous avez appris la nouvelle ?
J’étais extrêmement heureux.se et très ému.e. Évidemment, j’ai aussi ressenti beaucoup de stress : je me suis demandé si j’allais être à la hauteur d’un rôle aussi important — et cette appréhension est encore un peu présente aujourd’hui. Mais surtout, j’ai été profondément touché.e que Le Girofard, qui fait un travail incroyable pour la communauté depuis des années, me fasse confiance pour représenter les 30 ans de la Pride. C’est à la fois un immense honneur et une grande responsabilité.
Comment allez-vous vous habiller pour cette trentième Marche des fiertés à Bordeaux ?
Évidemment, je vais porter plusieurs tenues ! Cette année, nous préparons un char avec mon collectif drag, La Familips, et l’association SOS Homophobie, qui mène depuis des années un travail essentiel contre les LGBTQIA+phobies et avec qui nous sommes très heureux.ses de collaborer. C’est un projet qui nous tient énormément à cœur : un char à la fois politique, militant et flamboyant, pensé autour du mot d’ordre de la Pride 2024, « 1 000 façons de briller ». Donc autant dire que ma tenue sera pleine de paillettes et de sequins. Je porterai également un corset que nous avons créé avec le couturier Emmanuel Courau, en hommage au drapeau inclusif LGBTQIA +. Et enfin, il y aura une dernière tenue… mais je préfère garder encore un peu de mystère et de surprise.
Qu’avez-vous prévu (prise de parole, show, défilé, etc.) ?
Bien sûr, je serai présent.e à toutes les étapes de cette Pride. Le 30 mai, le rassemblement débutera à 13 heures, place des Quinconces, avec les premières prises de parole. La marche commencera ensuite à 14 heures, accompagnée des différents chars des associations. Nous serons évidemment présent.es avec le nôtre et plusieurs artistes, pour militer, revendiquer, célébrer et danser ensemble. Après la marche, nous nous retrouverons à l’after Pride, où je prendrai la parole lors d’un discours que je suis actuellement en train de finaliser. Il y aura plusieurs milliers de personnes, donc autant dire que la pression se fait un peu sentir ! La soirée se poursuivra avec des DJ sets et des performances d’artistes extrêmement talentueux.ses. Je prépare également une performance spécialement pour ce moment-là.
Que représente Bordeaux pour vous ?
Je suis arrivé.e à Bordeaux en 2014, à 18 ans, et à l’époque j’assumais à peine mon homosexualité. C’est la première fois de ma vie que j’ai arrêté de mentir sur qui j’étais et que j’ai commencé à vivre pour moi, sans honte. C’est aussi à Bordeaux que j’ai rencontré des personnes queer, que j’ai trouvé une communauté et que, quelques années plus tard, j’ai commencé le drag. Tout cela m’a permis de me sentir beaucoup moins seul.e. Bordeaux représente donc pour moi une forme de libération, quelque chose dont j’avais profondément besoin à ce moment-là de ma vie. C’est également une ville très vivante politiquement, où la communauté queer est particulièrement présente. Il y a ici des associations et des collectifs qui font réellement bouger les choses, qui portent des luttes intersectionnelles, antiracistes, antisexistes et contre les LGBTQIA + phobies. Ce sont des paroles essentielles aujourd’hui, on en a réellement besoin à Bordeaux, et je suis très fier.e de pouvoir faire partie de cette dynamique.
Avez-vous un espoir pour la communauté LGBTQIA + pour les années à venir ?
Évidemment que j’ai de l’espoir. Si nous continuons à nous mobiliser, à créer, à manifester et à porter ces luttes, c’est justement parce que nous avons espoir. Cela dit, le contexte politique actuel reste très inquiétant. Entre la montée de l’extrême droite en France et le recul des droits LGBTQIA + dans de nombreux pays, notamment ceux des personnes trans, il y a de quoi avoir peur. Il faut aussi rappeler que l’homosexualité est encore criminalisée dans plusieurs États à travers le monde et qu’en France, les agressions LGBTQIA + phobes ont fortement augmenté ces dernières années. Tout cela peut parfois fragiliser l’espoir, mais il y a aussi des avancées, rendues possibles grâce au travail des associations, des militant.es et de toutes les personnes qui continuent de se battre au quotidien. À mes yeux, ces progrès restent encore insuffisants, mais je suis convaincu.e qu’on finira par avancer. Ça prendra du temps, mais nous ne lâcherons rien. C’est aussi pour ça qu’il est essentiel d’être présent.e pour les 30 ans de la Pride de Bordeaux : continuer à occuper l’espace, à célébrer nos existences et à rappeler que nos droits ne sont jamais définitivement acquis.



