À Brignoles (Var), 82 ans après la Libération de la ville, l'archiviste Stéphanie Dick propose des visites commentées pour raviver la mémoire de cet événement historique. Ces parcours, organisés à la demande de la mairie, mettent en lumière les lieux emblématiques de la commune, tels que le bâtiment des Ursulines ou le Hall des expositions, et s'inscrivent dans une démarche de transmission essentielle.
Une archiviste passionnée par la Seconde Guerre mondiale
Stéphanie Dick, archiviste et généalogiste, explore quotidiennement le passé de Brignoles, entourée de ses trois chats, en décortiquant des actes de décès, des comptes rendus judiciaires et des documents d'époque. « L'Histoire ressemble à un puzzle géant, on assemble de petits éléments pour arriver à un résultat », explique-t-elle. En 2020, elle a reconstitué l'arbre généalogique de la commune de Tourves jusqu'au XVIe siècle, un projet qui lui a pris 20 ans et qu'elle souhaite étendre à Brignoles.
« Lorsqu'on travaille sur des événements historiques, il y a un devoir de transmission et de mémoire qu'il faut respecter », insiste-t-elle. Depuis plusieurs années, la mairie fait appel à elle pour organiser des visites commentées autour de la Libération d'août 1944. « C'est une période que j'adore explorer. Le débarquement de Provence est un moment charnière de la Seconde Guerre mondiale. Il y a également une multitude de points d'intérêts au cœur de la ville qui racontent parfaitement le passé brignolais », ajoute-t-elle.
Des lieux chargés d'histoire au cœur de la ville
Parmi les lieux visités, le bâtiment des Ursulines, qui a accueilli des réfugiés espagnols en 1939, et le Hall des expositions, qui servait de dépôt d'armement militaire pour l'armée italienne puis allemande, sont des étapes clés. « Pour la petite anecdote, le Hall a été dynamité par les Allemands le 17 août 1944, quelques jours avant la Libération. Les Brignolais ont pu récupérer quelques restes, même si la plupart des armes avaient été saccagées », raconte Stéphanie Dick.
La visite débute sur la place Caramy, le seul lieu ayant conservé une trace des combats : l'impact d'un obus tiré par un char qui avait remonté la rue Docteur Barbaroux pour détruire un canon de défense allemand. « C'était aussi le lieu le plus animé de la ville pendant l'Occupation, la plupart des annonces se faisaient ici », souligne-t-elle. Puis, direction l'école Jeanne-d'Arc, qui servait de siège au service administratif de la Kommandantur, et l'avenue Dréo, le quartier le plus touché par les bombardements après le débarquement. Enfin, le Monument aux morts, qui « laisse une trace éternelle des victimes civiles et commémore l'action menée par ceux qui se sont battus pour la France ».
Un engagement pour toucher un public plus large
Stéphanie Dick doit sa passion à sa professeure d'histoire du collège, dont la manière d'enseigner était spéciale : « Elle s'impliquait tellement qu'on avait parfois l'impression d'y être ». Elles sont restées en contact, se suivant même sur Facebook. Sur ce réseau social, l'archiviste anime un groupe de plus de 1 100 personnes, où elle partage des anecdotes historiques et généalogiques sur Tourves, Brignoles et La Celle.
« Aujourd'hui, il existe une multitude de manières pour retranscrire l'Histoire. L'avantage des réseaux sociaux, c'est qu'ils permettent de toucher un public plus large et plus diversifié », explique-t-elle. Lors de ses visites guidées, elle apprécie particulièrement les échanges : « J'aime pouvoir échanger avec les gens et rebondir lorsqu'ils me posent des questions. C'est souvent dans ces moments que je peux raconter le plus d'anecdotes insolites. »
Pour Stéphanie Dick, cette mission est cruciale : « Aujourd'hui, je trouve qu'il est très difficile de comprendre le monde actuel sans connaître son passé. Au fil des années, j'ai quand même l'impression de voir un intérêt croissant pour les événements historiques, surtout chez les plus jeunes, et je trouve ça formidable. » Elle conclut : « La curiosité, c'est le véritable moteur de la mémoire collective. Si on perd cette volonté d'apprendre, on risque de ne plus se souvenir de grand-chose. Même des plus grands moments d'Histoire. »



