Archives de La Seyne : trésors, anecdotes et histoire locale
Archives de La Seyne : trésors, anecdotes et histoire locale

Les archives municipales de La Seyne-sur-Mer veillent sur près de cinq siècles de mémoire. Derrière les rayonnages, chaque document est conservé, restauré, classé et numérisé avec une minutie remarquable. Un travail discret, indispensable à la transmission de l’histoire locale.

Garantir la preuve

« La vocation des archives est avant tout administrative et juridique. Nous sommes là pour garantir la preuve et justifier les droits de la collectivité comme de ses habitants », explique Alan Virot, responsable des archives municipales. Les délibérations du conseil municipal, les registres d’état civil, les arrêtés ou encore les actes administratifs sont ainsi conservés afin de pouvoir être produits plusieurs décennies, voire plusieurs siècles plus tard.

Les plus anciens registres remontent à 1577. Bien avant que La Seyne ne devienne une commune indépendante, ils racontent déjà le quotidien des habitants, notamment les conflits avec les Toulonnais venus couper du bois dans les forêts de Saint-Mandrier, une ressource alors indispensable au chauffage, à la construction et à la Marine.

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Sauver les archives du temps

Contre toute attente, les documents les plus anciens sont parfois les plus solides. Fabriqués en fibres de lin ou de chanvre, ils ont souvent mieux résisté que les registres du XIXᵉ siècle. Avec l’industrialisation et l’arrivée du papier à base de pâte de bois, les documents sont devenus moins coûteux... mais aussi beaucoup plus fragiles. Ils jaunissent, se dessèchent et finissent par se casser. Les archivistes entreprennent alors un travail d’une infinie délicatesse : nettoyer, consolider, restaurer et conditionner ces précieux témoins du passé afin de prolonger leur vie.

Mémoire partagée

Les archives ne sont pas un lieu fermé. Chaque semaine, des passionnés viennent y consulter les collections, retracer l’histoire de leur famille ou faire avancer la connaissance locale. Parmi eux, une habituée férue de paléographie passe des heures à déchiffrer les écritures du XVIIᵉ siècle, entre orthographes oubliées, mots provençaux et tournures disparues.

Le travail de l’équipe se poursuit également en ligne. Des milliers de documents ont été numérisés et les sommaires des délibérations communales ont été saisis un à un, permettant aujourd’hui de retrouver en quelques clics une décision prise il y a plusieurs siècles. Derrière cette simplicité se cachent des heures de restauration, de classement et de saisie : un travail patient qui fait des archivistes les véritables gardiens de la mémoire seynoise.

Des objets chargés d’histoire

Les Archives municipales abritent de véritables curiosités. Parmi les pièces les plus étonnantes figurent les hachettes cérémonielles des anciens chantiers navals. Fabriquées il y a une cinquantaine d’années par les apprentis, elles servaient à couper le dernier lien retenant un navire avant sa mise à l’eau. L’une d’elles a été réalisée pour le paquebot Lyautey, construit à La Seyne. Sa lame reprend la forme d’une cigogne, symbole de la Lorraine, région natale du maréchal Hubert Lyautey. Plus surprenant encore, ces objets d’apparat sont incroyablement lourds.

Autre curiosité : une grenouille mécanique du XIXᵉ siècle, que l’on promenait autrefois en laisse grâce à un ingénieux mécanisme. Un jouet qui ressemble aujourd’hui à une véritable œuvre d’artisanat. Les réserves conservent également une collection de vêtements d’époque, avec d’élégants chapeaux et même un costume de toréador ayant appartenu au grand-père d’une famille seynoise. Ces pièces sont parfois ressorties pour enrichir les expositions.

Enfin, les Archives possèdent de précieuses plaques photographiques en verre, ancêtres de nos clichés modernes. Leur particularité est aussi leur fragilité : l’image est portée par une fine couche sensible déposée sur le verre. Un simple frottement au dos peut suffire à l’effacer définitivement, faisant disparaître en un instant un témoignage vieux de plus d’un siècle.

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La guerre des sapins de la forêt de Janas

Aujourd’hui, il suffit de se rendre chez un pépiniériste ou dans une grande surface pour choisir son sapin de Noël. Au début des années 1970, certains Seynois avaient une tout autre idée : aller le couper directement dans la forêt de Janas. Une habitude qui prenait chaque année une telle ampleur que la municipalité dut intervenir. Des documents conservés par les Archives municipales révèlent qu’en 1972, des centaines de pins ont disparu ou étaient endommagés à l’approche des fêtes de fin d’année.

Face à ce véritable pillage de la forêt de Janas, la municipalité rappelle qu’il est strictement interdit d’abattre un arbre dans la forêt communale sans autorisation. Pour préserver ce patrimoine naturel, un dispositif est alors mis en place. Les habitants souhaitant se procurer un arbre doivent retirer un bon de délivrance auprès du bureau de renseignements de la mairie. Les coupes sont organisées à des dates précises du mois de décembre et chaque arbre autorisé est préalablement marqué par le garde forestier.

Et mieux valait respecter la procédure. En application d’un décret de 1958, les contrevenants s’exposaient à une amende pouvant atteindre 50 francs par arbre, au paiement de dommages et intérêts et, dans les cas les plus graves, à un mois d’emprisonnement ! De quoi passer les fêtes derrière les barreaux plutôt qu’autour du sapin.

Le drôle de projet qui atterrit à la mairie

Et si les vacanciers avaient pu éviter les embouteillages du littoral... en hélicoptère ? L’idée peut sembler futuriste, pourtant elle figure bien dans un courrier adressé à la municipalité au début des années 1960. À cette époque, le tourisme connaît un essor spectaculaire. Le littoral varois et la Côte d’Azur rivalisent d’imagination pour séduire une clientèle française et internationale.

Une agence touristique et immobilière basée à Nice propose alors à la commune de soutenir la création d’un réseau de transport par hélicoptère. Un concept qui s’apparenterait aujourd’hui à un service de taxis-hélicoptères : relier rapidement les principaux sites touristiques, éviter les embouteillages et faciliter l’accès à l’arrière-pays.

Le projet ne convaincra toutefois pas les élus seynois, qui ne donneront aucune suite à cette sollicitation. Il faut dire que ce moyen de transport était loin d’être accessible à tous. Le courrier évoque un tarif compris entre 2.500 et 4.500 francs en 1961, soit l’équivalent de 4.500 à 8.100 euros de nos jours.

Cette étonnante anecdote est l’une des nombreuses chroniques proposées par le service des archives municipales sur le site des Archives de La Seyne-sur-Mer. Courriers insolites, documents oubliés, délibérations surprenantes ou petites histoires du quotidien : ces « Focus historiques » regorgent de récits aussi instructifs que croustillants, à découvrir pour porter un autre regard sur l’histoire de la ville.

Pratique

Où ? Archives municipales, Traverse Marius-Autran. Quand ? Accueil du public du lundi au vendredi, de 8 h à 12 h 15, sur rendez-vous au 04.94.87.52.24. En salle de lecture : Les documents sont communiqués par les archivistes. Seuls les feuilles blanches et le crayon à papier sont autorisés. À distance : Des milliers de documents numérisés, les délibérations communales, des photographies anciennes et des chroniques historiques sont consultables sur le portail des Archives. Site Internet : www.archives.la-seyne.fr