À Ambrussum, la résurrection des vestiges gaulois
Ambrussum : la résurrection des vestiges gaulois

Chaque mardi de l'été, à 11 heures, le musée d'Ambrussum propose une visite guidée exceptionnelle intitulée « Musée fermé ? Coulisses ouvertes ». Cette immersion dans les réserves du musée permet de découvrir des objets récemment mis au jour lors des fouilles archéologiques menées de 2016 à 2024 sur le site de l'oppidum gaulois. Les visiteurs peuvent ainsi admirer des pièces uniques, comme des fragments d'épées, des monnaies anciennes et des éléments de boucliers, tout en comprenant les techniques complexes de restauration qui leur redonnent vie.

Un oppidum gaulois révélé par les fouilles

D'après Yoann Dangles, médiateur au musée, c'est dans les années 1970 que l'oppidum gaulois d'Ambrussum a été exhumé. Il date d'environ 300 ans avant Jésus-Christ, soit près de 200 ans avant la conquête romaine. Lors des fouilles de la zone du forum, la place centrale de l'oppidum qui servait à la fois de lieu de culte, de justice et d'administration, les archéologues ont mis au jour une multitude de vestiges. « Ce sont beaucoup d'objets en céramique, des fragments de poteries, mais aussi des métaux comme du fer, du bronze, de l'argent ou du plomb », précise le médiateur.

Ces découvertes ont considérablement enrichi les collections du musée. On y trouve désormais des pièces de monnaie de différentes origines, des fragments d'épées gauloises, d'autres armes décorées avec des mâchoires de sangliers, ainsi que des débris d'umbo, cette pièce ronde et bombée située au centre d'un bouclier en bois. Les monnaies, datant du 1er siècle avant la conquête romaine, comprennent notamment la pièce d'Ambrussum frappée d'une tête féminine casquée et de quatre lettres : A, M, B et P. « La découverte de cette pièce prouve l'autonomie et l'importance du village à l'époque », souligne Yoann Dangles.

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Dans les coulisses de la restauration

La visite guidée permet d'accéder aux réserves du musée, où ces trésors sont conservés en attendant d'être exposés. Les visiteurs peuvent ainsi les découvrir « en avant-première », avant leur inauguration officielle lors des Journées du patrimoine les 19 et 20 septembre. Au programme : présentation des objets, explication de leur lieu de découverte et démonstration des techniques de restauration. « Après une visite du musée assez classique où les visiteurs pourront même toucher quelques reproductions de poteries, on va présenter ces objets-là et expliquer où ils ont été trouvés. Ensuite, on détaillera comment ces découvertes nous permettent concrètement de comprendre comment vivaient les Gaulois à l'époque dans l'oppidum d'Ambrussum », explique le médiateur.

Le point clé de la visite reste la présentation des différentes méthodes utilisées pour restaurer et conserver ces objets. Restés en restauration pendant plus d'un an, ils ont été récupérés par les équipes du musée il y a quelques mois. « Le processus de restauration sert à sauver l'objet pour qu'on puisse l'exposer, mais aussi à comprendre à quoi il servait. Par exemple, lorsque des morceaux métalliques sont exhumés, ils sont parfois tellement recouverts de chlorure qu'on ne parvient pas à les identifier », détaille Yoann Dangles.

Un savoir-faire spécialisé

Les objets découverts lors des dernières fouilles ont été confiés à deux restauratrices installées dans la région toulousaine. L'une est spécialisée dans la restauration de fragments en verre et en céramique, l'autre dans les vestiges en métal. « Ce sont des procédés trop précis et techniques pour être réalisés au musée. Il faut faire appel à une spécialiste appelée conservatrice-restauratrice », souligne le médiateur.

Pour les objets en métal, la première étape, après une radiographie, consiste à « arrêter le processus de corrosion », c'est-à-dire la dégradation progressive du matériau due à des réactions chimiques avec l'environnement. Pour y parvenir, les pièces sont placées dans un bain de sulfite alcalin, un sel chimique qui dissout ou absorbe les chlorures formés au fil du temps. « Au total, ces vestiges sont restés 9 mois dans le bain et la solution a été changée 5 fois durant cette période. À ce stade des avancées scientifiques, il est impossible d'enlever toute la corrosion », déplore Yoann Dangles.

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Des risques maîtrisés

La restauration comporte toujours des risques pour les objets, mais les conservatrices adaptent leur approche en fonction de la fragilité de chaque pièce, évaluée lors de la radiographie initiale. Ensuite, les fragments sont réassemblés, collés ou consolidés avec de la résine, puis nettoyés et recouverts de vernis protecteur. « C'est une manière de protéger la pièce et d'empêcher de nouvelles corrosions. C'est ensuite à nous, le musée, de les conserver dans de bonnes conditions », explique le médiateur.

Une fois restaurés, les vestiges sont stockés dans des caisses en plastique spéciales, entourés de mousse amortissant les chocs et de tissu non-tissé qui ne se décompose pas. Lorsqu'ils sont exposés, ils doivent être tenus à l'abri de la poussière et de l'humidité pour garantir leur pérennité.

Une visite accessible et pédagogique

D'une durée d'une heure, la visite des coulisses du musée est ouverte à tous, y compris aux personnes en situation de handicap visuel ou moteur. « C'était l'occasion de mettre à profit cette journée de fermeture au public parce que l'équipe, elle, est présente ce jour-là. C'est une expérience originale et ludique, mais aussi une manière de mettre en valeur le métier de conservateur-restaurateur. Ce sont les petites mains de l'ombre mais leur travail est essentiel », conclut Yoann Dangles.

Les visites ont lieu chaque mardi de l'été à 11 heures. Le tarif est de 3 € par participant, gratuit pour les moins de 12 ans. Réservation au 04 67 02 22 33.