« Dans un dîner à douze, on se dit beaucoup moins de choses qu'à deux. » La phrase est de Vincent Delerm, et elle résume à elle seule sa conception de l'amitié. L'auteur-compositeur-interprète, qui refuse d'installer WhatsApp pour ne pas faire partie d'un groupe, a accordé un long entretien à Sophie Delassein pour le quatrième épisode de la série « En bande organisée », publié le 2 août 2026. Il y décrit une vie sociale fondée sur le tête-à-tête, la confidence discrète et la lente construction des liens.
Le goût des conversations à deux
Vincent Delerm aime les conversations profondes. Celles où l'on cultive les souvenirs, échange des impressions, creuse l'amitié au fil des années. « Se parler à deux et ressentir une émotion », tel est son idéal, confie-t-il. On en trouve l'écho dans sa chanson « Vie Varda », comme souvent chez Truffaut ou Godard, deux cinéastes qui ont fait du dialogue intime un art. Pour lui, la véritable rencontre se joue à deux, jamais dans le brouhaha d'une table.
Cette préférence n'a rien d'une misanthropie. Delerm a noué, au fil du temps, des liens profonds avec des artistes qui respectent son besoin de solitude. Alain Souchon et Romane Bohringer en font partie. Des amitiés rares, précieuses, entretenues par des attentions minuscules : un SMS non intrusif, une pensée envoyée sans prévenir. Comme ce message qu'il décrit : « J'ai trouvé cette dinguerie dans une brocante, j'ai pensé à toi. » Douce vibration du portable sur la table de la cuisine.
La « bande mentale » de Vincent Delerm
Car Vincent Delerm a bien une bande, mais elle est d'un genre particulier. Il l'appelle sa « bande mentale ». Les membres de cette bande ne se connaissent pas tous, ou peu, ou à force de fréquenter sa loge après les concerts, que ce soit à L'Européen, à La Cigale ou à L'Olympia. Ce n'est pas un clan soudé, ni un groupe WhatsApp – il refuse d'ailleurs d'installer l'application pour ne pas en faire partie. C'est plutôt une constellation d'individus, reliés par une même sensibilité et par la personne de Delerm.
Dans cette constellation, chaque relation emprunte un chemin singulier. L'un est croisé autour d'un projet, l'autre lors d'une émission, un troisième devient un habitué des coulisses. L'amitié se nourrit de ces rencontres répétées, mais toujours en tête-à-tête. « Dans un dîner à douze, on se dit beaucoup moins de choses qu'à deux », insiste-t-il. Une maxime qu'il applique aussi bien dans sa vie personnelle que dans son travail de création.
Un refus du groupe comme manifeste
Le refus de WhatsApp n'est pas un simple caprice technophobe. C'est une position éthique. Delerm ne veut pas être assigné à un groupe, ni soumis à la tyrannie des notifications collectives. Il préfère la messagerie individuelle, celle qui permet de s'adresser à l'autre directement, sans passer par la médiation d'un fil de discussion. Son idéal : « se parler à deux et ressentir une émotion », comme dans sa chanson « Vie Varda », comme chez Truffaut, comme chez Godard.
Ce choix de la discrétion explique peut-être la nature de ses amitiés avec Alain Souchon ou Romane Bohringer. Ce sont des relations faites de longue complicité, de silences partagés, de références communes. Delerm ne cherche pas à les exhiber ; il les cultive hors des projecteurs, dans cet espace intime où l'on peut enfin se dire les choses.
Une série à six épisodes
Ce portrait de Vincent Delerm s'inscrit dans la série « En bande organisée », qui explore la manière dont les artistes construisent leurs cercles d'amitié. Après les épisodes consacrés à Justine Triet, Pauline Clément et Camille Chamoux, le chanteur ouvre à son tour les portes de son univers. Deux épisodes doivent encore paraître, portant à six le total de la série. Chaque récit, signé Sophie Delassein, offre un éclairage singulier sur ces réseaux invisibles qui nourrissent la création.
Vincent Delerm, auteur, compositeur, interprète, photographe et bien d'autres choses encore, se révèle ici dans toute sa complexité. Homme de solitude, il n'en est pas moins un homme de liens. Simplement, il choisit la qualité à la quantité, le duo à la foule, la confidence à la conversation générale. Sa « bande mentale » n'a pas besoin de se réunir pour exister : elle vit dans les têtes, dans les cœurs et dans ces SMS que l'on envoie sans raison, juste pour dire que l'on pense à l'autre.



