« Nos Pas brûlent la nuit » : un film sur la solidarité à la frontière franco-italienne
Un film sur la solidarité à la frontière franco-italienne

Le vendredi 11 septembre 2026, à 20h, les réalisateurs Manon Ott et Grégory Cohen présenteront leur dernier film, Nos Pas brûlent la nuit, au monastère de Saorge. La projection, gratuite et en plein air, se déroulera dans le cadre d'une sortie de résidence. Le film, qui a nécessité près de deux années de repérages et d'écriture, sortira en salles en 2027.

Un projet ancré dans la vallée de la Roya

Installés dans la vallée de la Roya depuis 2021, les deux réalisateurs ont passé quatre mois en résidence au monastère de Saorge. Un lieu chargé d'histoire : autrefois, les frères franciscains y ont aidé la population locale, durement touchée par la peste. Aujourd'hui, le film explore la solidarité envers les exilés cherchant à traverser la frontière franco-italienne.

Le synopsis présenté par les réalisateurs : « Juliette, Ali et Téo s'organisent pour soutenir les exilés cherchant à traverser la frontière. À travers leur quotidien et leurs petits gestes, c'est un territoire fait de répression et de résistance qui se dessine peu à peu. Pendant ce temps, Camille et Chamberlain arpentent les montagnes de l'arrière-pays, sur les traces de leur histoire. La nuit, autour du feu, les uns et les autres se rencontrent. Des amitiés se nouent et des solidarités s'inventent, par-delà les frontières. »

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Une démarche de terrain et de confiance

Le projet est né d'une expérience de terrain : le couple s'est impliqué dans des actions de solidarité à la frontière avant même d'envisager de les filmer. « Nous avons participé à des moments d'accueil, retrace Manon. Au fil des mois, un contraste nous est apparu entre les gens qui traversent la frontière tous les jours, considérant qu'elle n'existe pas, et l'autre réalité qu'on voyait. »

Avant de filmer l'accueil, les maraudes, les heures de marche, les manifestations et les séquences politiques, les morts, et surtout les échanges entre aidants et aidés, les réalisateurs ont appliqué une méthodologie rigoureuse. « Quand on fait nos films, on rencontre des gens, on essaie de comprendre les situations. Avant de tourner, on a ainsi écrit et fait des repérages pendant près de deux années », souligne Grégory. Le collectif qu'ils suivaient à l'origine s'est désagrégé, ce qui a obligé à tout repenser. « C'est le propre du documentaire et du temps long, il faut toujours se réadapter », pose Manon.

Déconstruire les figures héroïques

Le film cherche à déconstruire la figure héroïque des solidaires. « C'est quelque chose face auquel on se pose souvent beaucoup de questions, face auquel on est plein de doutes. On voulait arriver à déconstruire la figure un peu héroïque des solidaires », indique Grégory. En miroir, il s'agit aussi de sortir des images victimisantes sur les migrants.

Le personnage d'Ali illustre cette subtilité : « Il est arrivé comme migrant en 2015, puis revenu en tant que solidaire, illustre Manon. De même, Camille et Chamberlain se sont rencontrés comme accueillant-accueilli. Mais ils sont devenus amis, et sont sortis de la première relation asymétrique. » Pour protéger les interlocuteurs, certains noms ont été modifiés, et des scènes ont été remises en jeu, le film jouant sur la frontière entre fiction et documentaire.

Un accueil déjà chaleureux

Le film a déjà été projeté en avant-première. Lors du festival des Passeurs d'humanité dans la Roya, la projection a été « très émouvante », selon les réalisateurs, car des participants au film étaient présents. Un hommage a été rendu à Thibaud Duffey, un jeune accompagnateur et citoyen solidaire décédé en 2024. « Dans le public, beaucoup le connaissaient et se sont mis à chanter en même temps que lui dans le film. » Au festival de Gindou, dans le Lot, les spectateurs ont témoigné de leur intérêt pour le regard et la forme du film.

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Le film a été soutenu en France par le CNC et différentes régions, ainsi qu'en Italie par le ministère de la Culture. Les réalisateurs espèrent qu'il « puisse diffuser des valeurs d'humanité, de solidarité, d'amitié possible par-delà les frontières et les murs que certains voudraient dresser ». Une plaque, trouvée cassée par Camille et Chamberlain au col de la Fenestre, rappelle le millier de Juifs partis vers l'Italie en 1943 pour fuir la persécution antisémite : « Toi qui passes libre, souviens-toi que cela est arrivé chaque fois que tu tolères que tout autre ne jouisse pas de tes mêmes droits. »