Tristan et Isolde au Festival Radio-France : un triomphe émotionnel à Montpellier
Tristan et Isolde : triomphe émotionnel au Festival Radio-France

Samedi 12 juillet 2026, l'opéra Berlioz de Montpellier accueillait un événement exceptionnel dans le cadre de la 41e édition du Festival Radio-France : une version de concert de Tristan et Isolde, le chef-d'œuvre de Richard Wagner. Dès les premières mesures, le public a été saisi par l'océan symphonique, les embruns harmoniques et le thème du désir au chromatisme tourmenté, répété par trois fois jusqu'à l'explosion orchestrale. Un prélude sublime qui a provoqué chair de poule, poils dressés et larmes.

Une distribution et un orchestre d'exception

L'Orchestre philharmonique de Radio France a ébloui par sa précision, sa subtilité, sa puissance et sa maîtrise, relevant les acrobaties instrumentales et les cascades émotionnelles imposées par Wagner. Son nouveau directeur musical, Jaap van Zweden, a régalé par une direction physicalité, swingante et presque chorégraphique, attentive à la fluidité des mouvements et à la modulation du volume sonore.

Anja Kampe : une Isolde étincelante

Dans le rôle d'Isolde, Anja Kampe a impressionné dès le premier acte par la puissance et la clarté de son chant, ainsi que par son engagement physique total. Derrière son pupitre, elle s'agitait, grimaçait, se cambrait, vivant sa partition avec une passion qui possédait son corps, rendant le spectacle fascinant.

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Stuart Skelton : un Tristan en retrait puis explosif

Stuart Skelton, dans le rôle de Tristan, semblait légèrement en retrait au début, avec une voix un peu mate et un corps fatigué, mais il savait ce qui l'attendait au troisième acte. Le duo d'amour du deuxième acte, de près de trois quarts d'heure, a été un moment de haute voltige, avec des déclarations enflammées en double hélice, piquant, plongeant et regrimpant vers les sommets mystiques du désir d'amour et de mort.

Des seconds rôles marquants

Tanja Ariane Baumgartner, dans le rôle de Brangäne, a été magnifique avec ses appels à la prudence. La basse coréenne Kwangchul Youn, en roi Marke, a asséché les torrents de romantisme par son autorité au vibrato puissant et intransigeant, et a exprimé un geste auguste, amical et généreux mais trop tardif au troisième acte.

Un troisième acte hyperbolique

Le troisième acte a commencé par un prélude d'une tristesse infinie, dont la vague de cordes a laissé derrière elle l'écume d'une mélancolie terminale, provoquant une nouvelle vague d'émotion. Stuart Skelton a alors donné tout son être, tombant la veste et la retenue, expressionniste jusqu'au tremblement de chair, explosif jusqu'à l'effondrement du public. Il s'agitait, moulinant des bras, se prenant la tête, cherchant l'esquif de son adorée Isolde, suppliant son fidèle Kurwenal (Iain Paterson, impeccable) de guetter son arrivée. On en venait à se demander s'il n'était pas réellement fiévreux.

Le Liebestod final

Anja Kampe est revenue pour le chant ultime, Mild und leise wie er lächelt, le sublimissime et oxymorique Liebestod, où son Isolde expire dans une joie charnelle et spirituelle résumée par les derniers mots du drame : Höchste Lust, « suprême joie ». Le public, muet d'émotion, a été interrompu par un spectateur pressé de crier « Bravo ! », mais le silence métaphysique et wagnérien qui suit le dernier soupir de l'orchestre sera rétabli lors de la diffusion sur France Musique le dimanche 19 juillet à 20h.

Le public a longuement applaudi debout la prestation des chanteurs, du chef et des musiciens, saluant un triomphe pour ce Tristan et Isolde en version de concert. Selon le critique Jérémy Bernède de Midi Libre, « tout, orchestre, chef, distribution, s’est montré à la hauteur du chef-d’œuvre de Wagner, autrement dit exceptionnel ».

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