Omar et Michelle David enflamment la nuit soul de Fiest'à Sète
Omar et Michelle David enflamment Fiest'à Sète

Samedi 1er août, le Théâtre de la Mer de Sète s'est transformé en écrin de choix pour la nuit « Soul & groove connexion » de la 29e édition de Fiest'à Sète. Sur la même affiche, Omar Lye-Fook, héros de la new soul londonienne, et Michelle David, reine de la soul rétro new-yorkaise, ont offert un spectacle d'une rare intensité, salué par une fosse déchaînée.

Un duo d'esthètes au sommet de leur art

Dans la musique populaire, certains artistes évoluent loin des projecteurs, à l'instar des underdogs du cinéma de série B. Omar, révélé il y a trente-cinq ans avec le tube « There's nothing like this », continue de tracer sa route avec une élégance discrète. Michelle David, elle, est une figure respectée des cercles soul et rétro, sans être massivement connue du grand public. Pourtant, sur scène, ils se révèlent de véritables performeurs, capables de captiver un public conquis d'avance.

Omar ouvre le bal avec un groove moelleux

Dès les premières notes, Omar Lye-Fook impose sa voix melliflue, au vibrato puissant et expressif, parfaitement mise en valeur par un son irréprochable. Derrière lui, un groupe d'une remarquable élégance travaille sans relâche un groove souple, musclé, jamais mollasson. Le guitariste Tony Remy, le claviériste Brian Henry, le saxophoniste Eric « Shrizz » Rohner, le trompettiste Gilles Garin, le bassiste Marcus McNeish et le batteur Junior Kirton forment un écrin de choix pour le crooner charismatique.

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Le set ondule, suavement sophistiqué, jusqu'à atteindre une dimension supérieure grâce à un enchaînement parfait de compositions. Omar rend d'abord hommage à la regrettée Angie Stone, avec laquelle il avait collaboré, en reprenant le merveilleux « Be Thankful » de William DeVaughn, dans la version en duo avec Erykah Badu, gravée il y a un quart de siècle. Un moment magnifique, salué par les applaudissements.

Dans la foulée, il rend hommage à un autre disparu de l'année, Roy Ayers, avec son tube « Everybody Loves the Sunshine », qui fête ses cinquante ans. La reprise est coolissime, entêtante, pleine de soleil et d'interactions appréciées. Omar enchaîne ensuite avec son plus grand tube, « There's nothing like this », dans une interprétation splendide, sertie de chorus d'une classe jazz tous risques.

Un solo de guitare époustouflant

Pour faire bonne mesure, Omar interprète « Stop war, make love », permettant à chacun de ses musiciens de démontrer l'étendue de ses talents. Le guitariste Tony Remy vole littéralement la vedette pendant quelques minutes avec un solo électrique jazz fusion absolument époustouflant, qui lui vaut les félicitations sincères d'Omar, pourtant bien plus prévenu que le public. Un beau moment de complicité artistique, tout en spontanéité.

Michelle David et les True-Tones, une sincérité renversante

Après le rappel, backstage, un autre moment de complicité artistique se joue, simple et vrai : avant que Michelle David n'entre en scène, Omar prend le temps de l'encourager d'une chaleureuse embrassade. Une preuve de classe, qui annonce la suite.

La classe est d'abord visuelle : Michelle David, petite femme noire américaine en robe sombre et coupe afro claire, est accompagnée de cinq musiciens hollandais en élégants costumes. Leur équipement tient en peu de choses : deux instruments pour le bassiste et le guitariste, des micros pour les deux cuivres, et un minuscule kit de batterie surélevé au centre. Aucun artifice, aucune tricherie, juste du talent.

Le groupe fait dans le fétichisme sixties, avec un matériel maniaquement vintage, mais contrairement à beaucoup d'autres, cela ne sonne ni poussiéreux ni creux. Ça claque, avec une authenticité qui fait mouche. C'est une affaire de composition et d'interprétation, autrement dit de talent et de sincérité.

Une performance vocale Éblouissante

Piochant essentiellement dans ses deux derniers albums, « Soul Woman » et « Brothers & Sisters », Michelle David et les True-Tones alternent entre soul enflammée, rhythm'n'blues endiablé et proto-funk volcanique, avec quelques incursions dans la ballade bluesy. Michelle David éblouit par la puissance de sa voix, sa capacité à moduler l'émotion, mais aussi par ses interventions entre les morceaux, pleines d'humour et d'humilité.

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L'acmé du concert est une version longue de « Soul Woman », qu'elle chante en talk-over, lisant les paroles dans un carnet tenu d'une main. Sur un rythme ultra funky, sa déclamation poétique tient du sortilège diabolique, tandis que la musique glisse vers le psychédélisme des âges farouches, celui de 1966, quand tout était déjà bien barré mais pas encore mal barré. Le public en redemande, mais la mini tornade et ses sobres amis repartent déjà, concluant par un petit régal de rhythm'n'blues, jusqu'à l'extinction des feux.