Laurent Bardainne : « Prologue, ce n’est que le début de l’aventure »
Laurent Bardainne : « Prologue, ce n’est que le début »

Après une résidence de création à la Fondation Carmignac sur l’île de Porquerolles, le saxophoniste et claviériste Laurent Bardainne se produit ce samedi 11 juillet 2026 au festival Jazz à Porquerolles. Celui qui a sorti en juin un EP baptisé « Prologue » a répondu à nos questions le temps d’une pause. Et confie travailler à un nouveau projet de comédie musicale... d’épouvante.

Un EP solaire, mais un nouveau chapitre

Laurent Bardainne, tout sourire, interrompt la répétition sur la terrasse de la Villa Carmignac pour l’interview. D’une simplicité extrême, il est l’un des musiciens et compositeurs les plus doués de sa génération. Le saxophoniste, claviériste, compositeur de talent, qui a collaboré avec de nombreux artistes (de Julien Doré à Camelia Jordana), est en résidence à la Fondation Carmignac, centre d’art de l’île de Porquerolles, dans le cadre du festival Jazz à Porquerolles, où il se produit samedi soir. Ce sera d’ailleurs la seule date de l’été de l’artiste.

Son dernier opus, « Prologue EP », est sorti en juin dernier. Un EP solaire, inscrit dans la continuité musicale de son précédent album « Eden Beach Club », teinté de pop, rock… À une différence (majeure) près : « Prologue » est porté par son seul nom. Lui qui, jusqu’à présent, s’associait à celui de ses formations. « J’avais épuisé mon inspiration sur Tigre d’eau douce, j’avais envie de passer à autre chose », concède l’artiste qui refuse les étiquettes et le jeu des cases musicales, « j’y suis un peu allergique ».

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« Club Lapin » : le nouveau projet qui mêle horreur et humour

« Prologue » est donc le… prologue d’un nouveau projet qu’il ne portera pas seul, ça il le sait. Après quelques secondes de réflexion, il lâche sans sourciller : « ça va sûrement s’appeler Club Lapin. » Passionné par les films d’épouvante, il explique : « Club Lapin, sans rire ? Oui, tu as le scoop. Club Lapin, Laurent Bardainne et le Club Lapin. J’adore les animaux ! (rires) J’ai eu Pony Hoax, Tigre d’eau douce… Je ne sais pas, je trouve ça mignon, Club Lapin, ça peut être un peu contemporain, un peu film d’horreur aussi. »

Film d’horreur ? Laurent Bardainne est un passionné du genre. « J’ai essayé d’imaginer une bande-son de film d’horreur, mais visiblement, ça ne marche pas… » Ok, il y a toujours des moments lumineux même dans les films d’horreur, de très belles musiques. « Ma femme me dit toujours ça », confie-t-il en souriant. Pourquoi ce registre ? « Parce que j’aime bien. Depuis la naissance de ma fille [elle a 12 ans aujourd’hui, ndlr], j’ai fait une pause de films flippants. Et là, je me remets à aimer ces trucs. Comme elle grandit, j’ai envie de lui montrer des films, de les partager avec elle. »

Une comédie musicale d’épouvante en préparation

L’horreur fait bien partie du nouveau chapitre que Laurent Bardainne s’apprête à ouvrir : « Mon rêve, poursuit-il, ce serait de faire un truc qui n’a jamais été fait. Une comédie musicale d’épouvante, du Carrie, proche de Kill Bill aussi, où il y a beaucoup d’humour, ça pourrait être sympa. Une comédie musicale dans le registre de la vengeance féminine… » Presque normal quand on vit avec une journaliste amenée à traiter nombre de sujets sur les violences faites aux femmes… « Je pense que j’ai besoin d’en parler à ma façon. »

Se lancer dans un tel projet est aussi l’occasion, pour Laurent Bardainne, d’élargir son champ des possibles. « C’est fatiguant de se réinventer. J’ai fait quinze albums… L’an dernier j’ai écrit un album que j’ai mis à la poubelle. Ce n’est pas facile. Ce n’est pas se dire : tiens, j’enchaîne tous les ans un album. Il y en a très peu qui font ça bien. (il réfléchit) François Ozon, le fait très bien : il fait un film par an et se réinvente à chaque fois. Faire un album par an qui est bon, c’est… Je ne sais pas qui je peux citer. C’est pour ça que je change d’univers, de style », ajoute-t-il, lui qui dit s’être lassé de la musique.

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Une relation spéciale avec la musique

« Je lis la bio d’Andre Agassi et j’aime beaucoup, la première phrase du livre c’est : “Je déteste le tennis”... Moi, c’est un peu la même chose avec la musique. J’ai une relation spéciale. J’écoute très peu de musique chez moi, tout seul. Elle est un peu comme une maîtresse qui apparaît, qui disparaît. J’entretiens avec elle une drôle de relation », commencée il y a 15, 20 ans, à la fin du conservatoire. Entre rejet et désir. « Mais c’est ce que je sais faire… C’est comme si j’y étais obligé. Mais j’aimerais bien faire plein d’autres choses aussi. » Comme travailler avec des danseurs, pourquoi pas.

Le calendrier est encore vague mais il a déjà commencé à travailler avec une dramaturge d’opéra. « On a déjà une histoire, un cadre. »

Un album enregistré à l’automne au Cambodge

Ce qui ne change pas en revanche, ce sont les collaborations que l’on retrouve sur chacun de ses albums et sur cet EP. « J’écris des chansons mais je ne chante pas… » alors il trouve les voix, comme celle de Mélissa Weikart, présente à Porquerolles, ou encore Pupajim. « Pupajim, il m’avait invité sur un de ses albums il y a 4-5 ans, c’est un chanteur de dub à l’origine, qui est à Rennes. On a collaboré par Internet d’abord et puis je l’ai invité à un concert au Trianon [à Paris]. À chaque fois que j’ai une chanson, je pense à lui. Bertrand Belin, je ne l’ai même pas vu en studio. On a réussi à déjeuner ensemble deux ans après “Oiseau”… Mélissa, elle faisait une première partie de Tigre d’eau douce il y a deux ou trois ans. On a flashé sur elle. Et on est devenus amis. On bosse souvent ensemble. J’ai entendu sa voix. C’est exactement le truc que je recherchais, une voix à la Suzanne Vega. Elle est Franco-américaine, elle a vraiment cette culture de voix blanche, un peu country, un peu pop années soixante-dix, que j’aime beaucoup. »

En attendant que son projet de comédie musicale avance comme il le souhaite, Laurent Bardainne et son Club Lapin iront enregistrer au Cambodge à l’automne prochain, « l’album de transition », dit-il. « Ça va se dérouler en plusieurs étapes. C’est pour ça que Prologue ça a du sens. Parce que ce n’est que le début d’une grosse aventure. »

En résidence trois jours à la Fondation Carmignac

« Charles Carmignac avait envie de développer ce côté résidence de création », explique Samuel Thiébaut, directeur artistique du festival Jazz à Porquerolles, qui a naturellement pensé à Laurent Bardainne pour ce premier pas en la matière. « On a beaucoup travaillé ensemble sur des captations de concerts sur lesquels je participais », ajoute le saxophoniste qui, accompagné de ses musiciens, proposera un répertoire unique samedi soir.

L’idée de départ de cette carte blanche (Sea, jazz et pop, en écho à l’exposition Sea, pop & Sun présentée à la villa Carmignac) a légèrement évolué : « Quand on arrive sur le site, il y a le soleil, les cigales… On adapte notre façon de jouer au cadre, on va jouer plus relax. » Pendant que les musiciens travaillent les partitions, Melissa Weikart travaille sur des paroles.

La magie du cadre, les musiciens Nicolas Villebrun (guitare), Arnaud Roulin (piano), « piliers » de Laurent Bardainne depuis Pony Hoax, David Aknin, ex-batteur du groupe Limousine, Mélissa Weikart au chant et au clavier… Et deux guests : Gabi Hartmann (chant) et Thomas de Pourquery (chant, saxophones). L’alchimie, le point d’équilibre entre la pop, le rock et le jazz seront au rendez-vous samedi soir.

Carte blanche à Laurent Bardainne samedi 11 juillet à 20 h 30 au Fort Sainte-Agathe, dans le cadre de Jazz à Porquerolles. De 10 à 49 euros. Rens. et res. https://www.jazzaporquerolles.com/