Ce vendredi 10 juillet au soir, Kassav' était sur la scène des Nuits du Sud, à Vence. Avant le show, la chanteuse Jocelyne Béroard, 71 ans, a remonté l'histoire d'un groupe majeur, inventeur du zouk, parfois sous-côté.
Un groupe fondé en 1979, un genre inventé
Fondé en 1979, le groupe antillais a inventé son propre genre, le zouk, en se basant sur des rythmes de gwoka, du ti bwa et du mendé. De la Martinique et de la Guadeloupe, cette formation a conquis le monde, se produisant dans 80 pays et écoulant 5 millions d'albums. En France, le succès était au rendez-vous, avec un nombre record de concerts dans les Zéniths et un Stade de France pour les 30 ans du groupe. Il restait toutefois un fond de défiance, un peu de mépris, ou plutôt « d'ignorance », selon Jocelyne Béroard.
Après le décès de Jacob Desvarieux en 2019
« Au départ, on s'est dit que c'était fini. Parce que même si on ne se l'avouait pas, on savait très bien que Jacob, c'était celui qui tirait un peu les manettes. Il organisait bien les séances de studio, il a eu un tas de folles idées pour certains concerts. Ensuite, il déléguait. Quand il est parti, on a perdu cette voix si particulière aussi », raconte Jocelyne Béroard. La clé pour avancer a été de ne pas chercher un imitateur, mais quelqu'un avec le même groove à la guitare. Le groupe a intégré Karim Verger, qui a un son particulier et est « absolument agréable ». Désormais, d'autres personnes chantent les chansons de Jacob, qui sont les plus gros tubes de Kassav'.
Un parcours inattendu pour Jocelyne Béroard
Entrée dans le groupe en 1980, Jocelyne Béroard explique : « En Martinique, c'était impensable pour une femme de vivre de la musique. Seuls les bals payaient les musiciens. Et pour une fille de bonne famille, c'était impossible de s'imaginer faire danser jusqu'à 2 heures du matin dans un tripot. » Elle a commencé à chanter en dilettante, faisant les Beaux-Arts à Paris après avoir abandonné ses études de pharmacie. Petit à petit, elle a été appelée pour des séances de studio, des chœurs pour des artistes comme Zachary Richard ou Manu Dibango, et de la scène avec les Gibson Brothers, Bernard Lavilliers. Elle a fini par y prendre goût, chantant du jazz dans des pianos-bars. « Kassav' a apporté du professionnalisme dans nos îles. Et ça a permis à d'autres, comme moi, de rêver d'une carrière. »
Miles Davis et « la musique du futur »
Dans les années 1980, Miles Davis avait décrit le zouk de Kassav' comme « la musique du futur ». Jocelyne Béroard : « Oui, bien sûr ! À une époque, aux Antilles, il fallait jouer du classique, du piano, pour être bien vu. Les biguines et les mazurkas, ça passait aussi, parce qu'il y avait une petite sophistication. Mais dès qu'on allait vers un registre plus populaire, c'était autre chose. Que quelqu'un comme Miles Davis s'intéresse à nous, ça a permis de faire comprendre justement aux gens que c'était de la vraie musique. »
Un sentiment de sous-estimation en France
« En France, je crois qu'il y a beaucoup d'ignorance concernant notre culture. Les majors et les radios, parfois très calibrées, ne savaient pas où nous mettre. La Compagnie créole, ça allait encore, parce que ça rentrait dans la variété française un peu tropicalisée. Mais Kassav', ce n'était pas La Compagnie créole. Et puis on ne chantait pas en français. On voulait aider le créole à reprendre vie, parce que cette langue était en train de mourir. Tout ça n'a pas été si grave, parce que le monde était vaste. Quand on a commencé à marcher très fort en Afrique, en remplissant parfois des stades de 80 000 personnes, on s'est mis à s'intéresser à nous en France, parce qu'on pouvait rapporter de l'argent ! (elle rit) »



