José James : « À travers Marvin Gaye, on peut entendre Dieu »
José James : « À travers Marvin Gaye, on peut entendre Dieu »

Costume en lin ouvert sur son torse tatoué, sourire solaire et mèche grise : José James a la classe. Ce jeudi 10 juillet 2026, en milieu d'après-midi, le quadra de Minneapolis était en coulisse de la Pinède Gould, à Antibes. Jazz à Juan s'apprêtait à ouvrir ses portes pour sa 65e édition. La vedette du soir était Tom Jones, mais les 3 700 spectateurs avaient tort d'arriver en retard : avant lui, José James et China Moses ont assuré le show en s'appuyant sur le répertoire de Marvin Gaye.

Un hommage à I Want You

En 1976, Marvin Gaye sortait I Want You. Moins illustre que What's Going On ou Let's Get It On, ce disque a profondément marqué José James, qui s'était déjà aventuré sur les terres de Billie Holiday et Bill Withers pour le label Blue Note. L'an prochain, il se penchera sur Frank Sinatra avec le contrebassiste John Clayton. Mais pour l'heure, il n'a d'yeux que pour Marvin.

Interrogé en coulisse, José James raconte comment la musique de Marvin Gaye est entrée dans sa vie : « J'étais très amoureux du hip-hop, puis j'ai découvert le jazz. Ensuite, j'ai commencé à écouter tous les chanteurs classiques du R&B : Al Green, Marvin Gaye, Sam Cooke… Pour moi, Marvin est le chanteur le plus sophistiqué d'entre eux, parce qu'il vient du jazz, on peut l'entendre dans ses harmonies. Sa musique m'a pris d'une manière que je ne peux pas expliquer. Il avait tellement de passion dans sa voix. Ce que j'aime plus que tout chez lui, c'est que tout ce qu'il chante, on peut le voir, on le croit vraiment. »

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Une pression extérieure

Monter un spectacle autour des chansons d'I Want You a-t-il mis José James sous pression ? « La pression vient surtout de l'extérieur. Pour moi, c'est différent, explique-t-il. En 2012, j'ai rencontré Léon Ware, qui a écrit et produit I Want You (ndlr : il est décédé en 2017). On s'est retrouvés pour une session d'écriture. Pour moi, c'est comme jouer la musique d'un oncle ou d'un mentor maintenant. Ça change le sentiment émotionnel, parce que ça me paraît très familier. Leon m'a dit que je lui rappelais Marvin. Ce show, c'est une manière d'honorer leur vision. D'autant plus que Marvin n'avait pas eu l'occasion de jouer ce disque en live. »

Quant aux questions posées à Léon Ware sur la conception de l'album ou la personnalité de Marvin Gaye, José James répond : « Quand vous êtes en présence d'un maître, c'est mieux de rester calme et de voir ce qu'il est prêt à vous faire entendre. Ce que m'a appris Leon, c'est que tous les grands comme Al Green, Marvin, Bill Withers ou lui avaient d'abord étudié les standards de jazz avant de passer au R&B. C'était cool d'entendre ça. Parce que souvent, on met les genres dans des catégories, mais on ne réalise pas qu'ils bougent durant leur carrière. »

Un messager de l'amour

Au-delà de sa voix, ce qui touche José James dans les paroles de Marvin Gaye, c'est qu'« il était comme un messager de l'amour. Il parlait toujours de ses différentes formes : romantique, sexuel, sensuel. Mais aussi de l'amour de soi-même, l'amour d'un pouvoir plus élevé, d'un Dieu, l'amour de la communauté. J'apprécie aussi le fait qu'il embrassait toutes les facettes de sa personnalité. Il ne se mettait pas sur un piédestal, il ne se présentait pas comme un homme parfait. »

Pour José James, I Want You est un enregistrement parfait : « Le mix est incroyable, le groupe, le chanteur aussi. Il y a tellement de couches. Ce qui m'a impressionné, c'est aussi que c'était le premier concept album sorti par la Motown. Ce disque a eu une influence immense. D'Angelo, Erykah Badu, Jill Scott, Maxwell, SZA : aucun de ces artistes n'aurait pu réaliser son propre classique sans cet album. C'est aussi un repère pour le hip-hop, Drake et Kendrick Lamar l'ont samplé. »

L'atmosphère des années 1970

Interrogé sur l'atmosphère à l'époque de la création de l'album, José James imagine : « Tout avait l'air d'une fête hollywoodienne des années 1970. Il y avait certainement beaucoup de drogue et beaucoup de sexe dans le studio. La femme de Marvin était là, je pense qu'ils étaient vraiment amoureux. Il y avait un court de basket à l'arrière aussi. Les membres de l'équipe étaient comme des frères, ils ont réalisé quelque chose de très sincère. »

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José James tourne jusqu'au 17 juillet avec ce show, accompagné de China Moses ou Célia Kameni. Comment les a-t-il choisies ? « Avec China, on est amis depuis longtemps, on se voyait à Londres ou à Brooklyn. Et je connais sa mère aussi (Dee Dee Bridgewater). Célia, elle, représente la nouvelle génération. Elle m'a été recommandée, elle a beaucoup de talent. Je trouvais que ces deux collaborations pouvaient être très cool ! »

Programme de Jazz à Juan

Samedi 11 juillet : Dhafer Youssef « Shiraz » et Morcheeba. Lundi 13 : Mica Millar et Seal. Mardi 14 : Banksia Trio, Laura Anglade et Maë Defays. Mercredi 15 : Fatoumata Diawara et Goran Bregovic. Jeudi 16 : Fearless Flyers et Keziah Jones. Vendredi 17 : Samara Joy et Marcus Miller - We Want Miles. Samedi 18 : New Sketches of Spain - Erik Truffaz feat. Antonio Lizana et Thomas Dutronc - Jazz & Friends. Dimanche 19 : Linda Lee Hopkins. Rens. jazzajuan.com