Révélé par La France a un incroyable talent, Jean-Baptiste Seguin sera en concert ce vendredi soir à Brignoles. Mais avant de monter sur scène, l'artiste a animé des ateliers d'écriture avec des élèves, dont la restitution aura lieu en première partie du concert.
Un artiste touché par le syndrome de Gilles de la Tourette
Assis sur les grandes marches blanches du jardin Charles-Gaou, Jean-Baptiste Seguin affiche une silhouette longiligne, parfois secouée de tics. Son corps se tétanise, incontrôlable. Le syndrome de Gilles de la Tourette ne lui laisse que peu de répit, sauf quand il chante. Auteur-compositeur-interprète, il a été révélé par La Nouvelle Star et La France a un incroyable talent. Le Cuersois a séduit le jury avec ses textes engagés mais optimistes, sa force et sa détermination.
Des ateliers d'écriture pour parler de la différence
Parler de la différence, des différences, apprendre à les regarder autrement lui tient particulièrement à cœur. Aussi n'a-t-il pas hésité quand des professeurs lui ont demandé d'animer des ateliers d'écriture avec leurs élèves. Il les a accompagnés, forcés à sortir de leur zone de confort. Ce soir, à 20 h 30, ils seront sur scène avec l'artiste pour la restitution de leur travail.
Les émissions télévisées, un tremplin
Interrogé sur les conséquences de sa participation à La Nouvelle Star et La France a un incroyable talent, Jean-Baptiste Seguin explique : « Après La Nouvelle Star, j’ai fait des concerts notamment grâce à Patrik Cottet Moine. Il est musicien et mime. Il m’a beaucoup aidé et encouragé à composer, à écrire, à aller en studio. Je suis arrivé en finale de La France a un incroyable talent avec mes compositions. Ça, c’est chouette. J’ai ensuite pu enregistrer mon album Mirage. Je suis accompagné de Valentin Vilcoq, guitariste et ingénieur son de mon album. Toutes mes instrumentations ont été faites par Chiks luv us. »
La musique, une thérapie
La musique et lui, c’est une longue histoire. « J’ai commencé la musique à six ans, à l’âge où j’ai été diagnostiqué. On s’est aperçu que je n’avais pas de tics quand je chantais. Lors d’un rendez-vous, le neurologue m’a dit : “écris tout ce que tu ressens”. J’ai écrit Syndrome de la musique dans le train. Des années plus tard, c’est avec cette chanson que j’ai eu le golden buzzer d’Hélène Ségara. »
Le projet autour du livre « Les gens sont beaux »
Comment en est-il arrivé à faire ces ateliers d’écriture ? « La médiathèque Jacques-Cestor de Brignoles m’a contacté via l’association Les Scènes pour ce projet autour du livre Les gens sont beaux, de Baptiste Beaulieu. Il parle de la différence, de la beauté intérieure. C’était le thème des projets que la médiathèque mettait en place, notamment avec les élèves de la 3e art du collège Jean-Moulin et une classe de l’École de la seconde chance (E2C). »
Le travail avec les élèves
« Je les ai fait écrire. Ils ont bien bossé. Chaque classe a écrit un texte : Reflets pour les E2C et Qui je suis pour les 3es. Ensuite, nous les avons enregistrés. Chaque élève dit une phrase. Je voulais qu’ils sortent quelque chose d’eux. Les jeunes sont les éponges de notre temps, ils en avaient besoin. Je les sors un peu de leur zone de confort pour les forcer à voir le monde extérieur. Ils ont été très généreux. Ce vendredi soir, ils seront sur scène avec moi, comme une première partie de mon concert, sauf que je vais chanter avec eux. C’est une chance et en même temps, c’est très dur. Il y a beaucoup de timidité mais c’est normal. »
Des interventions qui comptent
Déjà intervenu au lycée Fénelon à Toulon l’année dernière, il apprécie ces rencontres. « Effectivement, j’ai été contacté par une professeure qui m’avait vu à la télé puis en concert au théâtre Le Colbert. Je suis maintenant le parrain de la filière ST2S. J’ai même remis le diplôme du Bac en 2025. La culture, l’écriture, la musique m’ont sauvé. C’est devenu ma niche, c’est là que je me réfugie, c’est mon moment de bonheur. Je pense que l’artistique permet de faire briller ce qu’on ne voit pas forcément tout de suite. »
L'impact sur les élèves
Comment les élèves ont-ils vécu ces semaines passées avec lui ? « Ils ne s’en rendent peut-être pas encore compte. Mais l’art ça fait évoluer. On acquiert une maturité sur l’autre pour voir au-delà de la façade. »
Un message d'optimisme
« Oui, ça me rassure. Si on prend les jeunes au bon moment, ils peuvent produire de belles choses. La culture peut éviter des conflits. Je me sens chanceux car l’époque est très dure avec les téléphones. Il n’y a plus de regards sincères. Là, on leur montre la vraie vie. »
La carrière de Jean-Baptiste Seguin
Où en est-il dans sa carrière ? « Je suis en autoproduction alors c’est un peu dur mais je n’arrêterai jamais la musique. Jamais. » Son album Mirage est disponible sur les plateformes.
Le témoignage des élèves
« Il y a des rencontres qui marquent, des histoires qui touchent, des expériences dont on ne sort pas indemne. Pour les élèves de la classe art, la rencontre avec Jean-Baptiste Seguin est de celles-là, dès le premier jour. “Il a joué ses chansons, raconté son histoire, ses objectifs, se souvient Emy, élève de 3e. C’était très intéressant parce qu’il a fait de sa différence une force.” Pendant les six séances d’écriture, les élèves ont fait un vrai travail de réflexion. “Les échanges ont été assez nourris, reconnaît Clément Bouchy, professeur principal. Mais, ce travail a permis aux élèves d’exprimer des choses belles et profondes.” C’est là toute la force de Jean-Baptiste Seguin qui a su mettre en confiance les adolescents. “Chacun a pu donner son avis, on s’est écouté, renchérit Emy. Des personnes se sont révélées aussi et ont pris leur place dans la classe. On s’est tous accepté tel qu’on était. Ça a renforcé nos liens.” L’acceptation de l’autre, c’est bien le cœur du thème choisi cette année par l’équipe de la médiathèque comme fil conducteur de leurs animations. “Tous les ans, nous avons des projets avec des scolaires, que nous étirons à destination du public, pour leur donner la volonté de fréquenter ce lieu culturel”, pose Mireille Mainguy, bibliothécaire jeunesse. À quelques heures de monter sur scène, les élèves étaient un peu stressés mais “on est fiers de notre travail et de se présenter avec lui.” »



