En mai 2015, lorsque Vienne a accueilli pour la deuxième fois le concours Eurovision de la chanson, Conchita Wurst était omniprésente. Il suffisait de se promener dans la capitale autrichienne pour l'apercevoir : à la Une des magazines, sur les affiches de Bank of Austria dont elle était l'égérie, ou encore sur celles de la campagne promotionnelle de son nouvel album. On pouvait même l'entendre dans les transports en commun : la voix de la drag queen annonçait les arrêts à chaque station.
Bien sûr, celle qui avait remporté la compétition un an plus tôt avec "Rise Like a Phoenix", offrant à l'Autriche l'opportunité d'organiser l'édition suivante, s'est produite sur la scène de l'Eurovision en plus d'en être l'une des animatrices. Son rôle était d'aller à la rencontre des candidats, de leur poser des questions simples et de les soutenir. La Russe Polina Gagarina peut ainsi la remercier d'avoir tenté de calmer le public qui la huait.
De Gaultier au Crazy Horse
La Conchitamania battait son plein, dans le sillage de son triomphe à l'Eurovision, dont l'impact a dépassé le cercle des aficionados du concours. Même ceux qui n'avaient pas regardé l'édition 2014 savaient qu'une drag queen barbue avait gagné. La France lui avait déroulé le tapis rouge : Conchita Wurst a défilé pour Jean Paul Gaultier et a été invitée en tête d'affiche au Crazy Horse.
Depuis, l'artiste était apparue régulièrement sur la scène du concours ou dans ses coulisses, notamment l'an passé à Bâle, où elle accompagnait son compatriote et futur gagnant JJ, suivie par les caméras de l'ORF, la télévision publique autrichienne.
Une absence remarquée
Mais cette année, alors que la finale de l'Eurovision se tiendra le samedi 16 mai à la Stadthalle (et les deux demi-finales les 12 et 14 mai), aucune trace de Conchita Wurst nulle part. On a beau flâner dans Vienne, emprunter les grandes rues comme les passages discrets : pas un poil de barbe, pas un faux cil, pas une paillette de robe à l'horizon.
Un retrait annoncé en janvier
Une surprise ? Pas vraiment, car cette "disparition" était annoncée. Tom Neuwirth, 37 ans, qui incarne Conchita Wurst, a déclaré en janvier qu'il ne serait pas de la partie cette année. "Je me retire de l'univers Eurovision. Je passe à autre chose pour me concentrer sur d'autres projets professionnels", a-t-il écrit sur Instagram, sans cracher dans la soupe : il a exprimé sa gratitude pour le concours qui a contribué à sa carrière. Simplement, si l'Eurovision reste "une partie de [son] histoire", la suite de son parcours professionnel s'écrira ailleurs.
Tom Neuwirth, qui a précisé qu'il s'agissait d'une décision "personnelle", ne s'est pas étendu sur ses motivations et a prévenu qu'il ne répondrait à aucune question sur le sujet. Le motif de son retrait est d'autant plus obscur que, tout début janvier, l'artiste avait laissé entendre qu'il serait bien présent, en tant que Conchita Wurst, sur la scène de l'Eurovision 2026. "Je ne sais pas encore ce que je ferais", avançait-il, selon des propos rapportés par Kronen Zeitung.
La réponse de la chaîne organisatrice ORF à l'annonce de la drag queen était laconique et minimaliste en termes de cordialité : "Nous prenons acte de la décision de Conchita Wurst de se retirer du concours Eurovision et la respectons. Sa contribution est un élément important de l'histoire de l'Eurovision pour l'Autriche. Nous souhaitons à Tom Neuwirth beaucoup de succès dans ses projets futurs."
Une absence symbolique regrettable
Cette prise de distance entre Conchita Wurst et l'Eurovision a étonné plus d'un média local. "Ce départ est assurément une véritable surprise, car Conchita s'était imposée comme une figure incontournable du concours ces dernières années et sa participation sur la scène de la Stadthalle de Vienne en mai était quasi assurée", écrivait Die Presse.
Nul besoin d'être devin pour dire que l'absence de Conchita Wurst dans le décorum de l'Eurovision 2026 n'a pas réjoui les organisateurs. Ne serait-ce que sur le plan symbolique : cette édition viennoise sera celle du 70e anniversaire du concours. Et l'une des gagnantes les plus emblématiques des dernières années, qui plus est locale, ne sera pas de la partie.
Lundi, le "hall of fame" des artistes qui viendront chanter avant l'annonce des résultats de la finale a été annoncé. Il y aura des anciens gagnants (Alexander Rybak, Lordi, Ruslana…), une icône auprès des fans, Verka Serdushka, des candidates de l'édition 2025 (Erika Vikman et Miriana Conte), un de 2017, Kristian Kostov, et le représentant allemand de 2004 qu'on a dû googler, Max Mutzke… Force est de constater que, dans cette liste, à l'exception peut-être du groupe Lordi, personne n'a une notoriété comparable à celle de Conchita Wurst auprès du grand public.
Tom Neuwirth regardera donc cet Eurovision à la télévision. À moins qu'il ne soit trop occupé à préparer son prochain rôle. En juin, il sera sur la scène du Volksoper, l'opéra populaire de Vienne. Il incarnera le personnage de Frosch dans La Chauve-souris de Johann Strauss II, une adaptation annoncée comme queer.



