« Et les poissons volent » : les fantômes d'un conflit sans fin
« Et les poissons volent » : les fantômes d'un conflit sans fin

La réalisatrice franco-libanaise Dima El-Horr signe un documentaire délicat sur trois hommes qui, face à la mer à Beyrouth, incarnent les stigmates d'un pays en proie à des conflits successifs. Diffusé ce mercredi 12 août à 23h20 sur France 3, le film « Et les poissons volent au-dessus de nos têtes » (2025, 1h10) explore avec pudeur les traces laissées par quinze ans de guerre civile, l'effondrement financier de 2019, l'explosion du port en 2020 et quatorze mois de guerre avec Israël.

Un rituel immuable face à la mer

Tout commence au début des années 2000. Dima El-Horr, marchant le long de la corniche de Beyrouth, aperçoit un groupe d'hommes immobiles, face à la mer. Intriguée, elle revient le lendemain avec sa caméra et rencontre Reda, un grand roux. Cette première rencontre donne naissance à une vidéo expérimentale, « The Blue Sea in Your Eyes ». Vingt-deux ans plus tard, elle retourne sur place presque par hasard. Reda est toujours là, et lui présente Adel et Quassem. Pendant des mois, elle filme leur rituel : s'étendre sur les rochers bétonnés, été comme hiver, nager et attendre.

« Ils ne savent pas eux-mêmes » ce qu'ils attendent, explique la réalisatrice. Le film s'ouvre sur une phrase qui pose une hypothèse : « Il y a ceux que la mer avale, et ceux que la mer sauve. » Reda, Adel et Quassem sont peut-être de ceux qu'elle sauve, dans un pays meurtri par des décennies de violence.

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Des vies marquées par la guerre

Reda, ancien forgeron, marche deux heures chaque matin pour rejoindre la côte. Dima El-Horr calcule qu'il a parcouru 53 769 kilomètres en vingt ans. Après la mer, il se rend au cimetière pour laver les tombes de son père et de son frère. Ali, son cadet, a été tué à 20 ans d'une balle dans le front, les yeux ouverts. Reda n'a jamais pu les lui fermer. Quassem, touché par une balle pendant la guerre, se déplace avec une béquille. Il n'aime pas la mer mais s'y baigne quand même, évoquant un « traitement médical et psychologique ». Adel, agent d'entretien à l'hôpital, a appris à nager avec Reda et attend le dimanche pour oublier les sirènes et les blessés.

La réalisatrice accorde une large place à son commentaire, égrenant des comptes sans fin : les voitures piégées qui ont explosé le long du trajet (22 morts, 27 morts, 63 morts, puis le fil se perd). Devant le Holiday Inn, elle énumère les impacts jusqu'à renoncer. Le décompte des traces de la guerre ne les efface pas.

Un film où la violence se murmure

Dima El-Horr signe un film délicat, où la violence ne se dit jamais frontalement mais se murmure dans les corps, les regards et les silences. Le documentaire, disponible en replay sur france.tv, offre une réflexion poignante sur la mémoire et la résilience. Il sera diffusé ce soir à 23h20 sur France 3.

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