Le 16 mai au soir, à Vienne, la chanteuse bulgare DARA a remporté le concours Eurovision de la chanson, réalisant ainsi le rêve qu'elle avait dessiné dans son journal intime le 3 mars. Deux mois et demi plus tôt, elle s'était représentée brandissant un trophée sur lequel on pouvait lire « Eurovision Winner ». Depuis, sa chanson « Bangaranga » a dépassé les 50 millions de streams sur Spotify et a été classée parmi les succès de l'été par la plateforme.
Un succès international sans précédent pour la Bulgarie
La victoire de DARA, la première pour la Bulgarie à l'Eurovision, a propulsé le morceau dans les classements du monde entier. « Bangaranga » a atteint la première place en Allemagne, en Autriche, en Suède, en Turquie, en Lituanie et en Croatie, et la deuxième en Finlande, en Suisse et au Luxembourg. Le titre a également intégré le Billboard Global 200, une première pour une chanson originaire de Bulgarie.
De retour dans son pays, l'artiste de 27 ans a été reçue en grande pompe par le Premier ministre Roumen Radev. L'organisation de l'édition 2027, à Bourgas, a été qualifiée de « priorité nationale ». DARA a reçu la clé de la capitale Sofia, ainsi que le titre de citoyenne d'honneur de cette ville, de Varna où elle est née, et d'Avren, d'où son mari Ervin est originaire. « J'ai eu cette reconnaissance parce que je suis son épouse, nous dit-elle, semblant aussi déconcertée qu'amusée. J'ai été décorée de médailles un peu partout pour la créativité et l'artistique, c'est énorme. »
De la vague de haine à la résilience
Mais avant les honneurs, DARA a dû affronter une vague de haine massive. « Pour savoir où j'en suis maintenant, vous devez savoir d'où je viens et l'énorme combat que j'ai dû mener pour surmonter les angoisses suscitées par le fait que je me sentais rejetée par mon peuple, par ma nation. Je n'avais jamais rien ressenti d'aussi douloureusement déchirant », confie-t-elle.
L'artiste, révélée il y a dix ans dans le télécrochet « X Factor » en Bulgarie, a commencé à écrire chaque jour « Je vais gagner l'Eurovision » au début de l'été dernier, alors que la Bulgarie s'était retirée de la compétition depuis 2022. « Que ça paraisse délirant, je m'en fichais, affirme-t-elle. Je continuais à me le répéter à moi-même. »
Courant octobre, la chaîne BNT l'a contactée pour lui annoncer le retour de la Bulgarie à l'Eurovision en 2026 et l'inviter à la sélection nationale. DARA s'est imposée fin janvier face à quatorze autres artistes. Mais l'annonce a provoqué un « retour de bâton » : « J'ai eu l'impression, la sensation physique, qu'on m'avait tiré dessus en plein visage », décrit-elle. Une nuit, elle se réveille à 1 heure et vit une intense attaque de panique pendant trois heures. Elle songe à tout arrêter, redoutant que ce stress intense affecte sa santé et l'empêche de tomber enceinte.
Trois mois de préparation intense à Athènes
Sa prise de parole suscite une grande vague de soutien. Après avoir choisi « Bangaranga » lors d'une ultime émission en février, elle part à Athènes pour trois mois de préparation. Sa routine quotidienne : lever à 6h30, running pour déstresser, préparation physique, rédaction de son journal, douche froide, méditation et quatre heures de répétition. « Ces mois-là ont changé ma vie, m'ont changée en tant que personne, je n'ai jamais grandi aussi vite », insiste-t-elle.
« Bangaranga », terme d'argot jamaïcain signifiant « tumulte » ou « émeute », est un appel à faire sa révolution intérieure. DARA avait cette chanson depuis trois ans. Sa mise en scène, qui fait fi du culte des apparences, repose sur une chorégraphie frénétique faisant allusion à la tradition bulgare du Kukeri, une chasse aux mauvais esprits.
Une fois à Vienne fin avril, l'artiste se sent parfaitement à sa place. « Je suis comme entrée dans une bulle, j'ai ressenti tellement d'amour et de paix, tout me semblait plus facile, je n'avais pas peur, je ne me suis jamais autant sentie en sécurité », confie celle qui a remporté la compétition en s'imposant aussi bien en tête des votes du public que du jury.
Un album en anglais et de grandes ambitions
DARA termine actuellement son nouvel album, en anglais, enregistré en Suède, en Grèce et en Bulgarie. « Ces chansons inédites et cet opus sortiront dans les mois à venir », annonce-t-elle. Le projet évoque « tout ce dont nous sommes en train de parler : les combats à mener pour réaliser un rêve ». Elle confie son envie de multiplier les collaborations avec des artistes d'autres horizons.
Elle espère que sa visibilité internationale ouvrira la voie à d'autres artistes bulgares. « C'est difficile de percer à l'étranger quand on vient des Balkans. La Bulgarie, ce n'est pas le Royaume-Uni ou l'Espagne, le marché est plus restreint. Alors si ma victoire a permis à la Bulgarie d'apparaître sur la carte musicale et peut aider tous les artistes talentueux du pays, qui méritent que l'on s'intéresse à eux… »
DARA évoque les récents succès sportifs bulgares, dont celui de Stiliana Nikolova, médaillée d'or aux massues aux Championnats du monde de gymnastique rythmique. « Plein de jeunes bulgares se mettent à briller. Je pense que nous sommes les seuls en mesure de nous sauver, personne ne le fera pour nous, alors si on peut inspirer des gens autour de nous et leur donner de l'espoir… »
Qu'écrit-elle désormais chaque jour dans son journal ? « Je vais gagner un Grammy. Mon album est numéro 1. Coachella, hello ! », énumère-t-elle en plaisantant. Puis elle referme son cahier rose.



