Danyl à Paloma de Nîmes : le rappeur explore sa sensibilité et sa double culture
Danyl en concert à Nîmes : sensibilité et double culture

Danyl en concert à Paloma à Nîmes : "La musique est l’espace où j’arrive le plus à accepter ma sensibilité"

Le chanteur Danyl, artiste engagé fier de sa double culture, se produira sur la scène de Paloma à Nîmes le samedi 28 mars. Connu pour son mélange unique de rap et de raï, il revient sur les origines de son style et les messages qu'il porte.

"Zmig" et "Khedma" : réappropriation linguistique et identitaire

Pour commencer, une petite leçon de vocabulaire s'impose. Que signifie "Zmig", le titre de votre album ? "Zmig", c’est la contraction de "zmagri" en arabe, qui veut dire immigré. C’est ainsi qu’on appelle tous les rebeus occidentaux quand ils retournent au bled, de façon un peu péjorative. Je trouvais ça trop bête. Si ça veut dire "rebeu de France", ça veut dire Danyl, ça ne peut pas être péjoratif. C’est pour cela que je me suis réapproprié le terme.

Deuxième traduction : "Khedma", le titre de vos précédents EP ? C’est le boulot, le travail, le charbon. Quand j’étais en live sur Twitch, je disais souvent : faut qu’on retourne au "khedma". Naturellement, on s’est dit que c’étaient des "khedma sessions" et l’EP s’est appelé comme ça !

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Des origines classiques à un style hybride

Vous avez commencé par du piano classique… Ce n’est pas si étonnant. Je suis tombé amoureux de la musique par le piano et c’est ce qui m’a permis de faire toutes les productions, de tout composer dans ma musique. Ce n’était pas un choix personnel. Ma mère m’a poussé. Aujourd’hui, je la remercie même si le conservatoire n’était pas très agréable.

Qu’écoutiez-vous à l’époque à part Chopin et Liszt ? Comme n’importe quel jeune de ma génération, j’écoutais du rap. J’écoutais la musique algérienne que m’ont fait découvrir mes parents. C’était assez large. J’ai toujours tout mélangé, c’est pour cela que je mélange tout dans l’album.

La double culture comme fondement artistique

Comment est né ce style qui reflète votre double culture ? Ce style s’est développé en acceptant que j’étais les deux : je suis français et algérien, pas l’un puis l’autre, pas l’un ou l’autre. Alors j’ai accepté de mélanger de la musique arabe avec de la musique plus occidentale. C’est passé d’abord par une phrase d’appréciation de soi-même.

Le rap et le raï, le français et l’arabe arrivent à se marier facilement ? Il faut trouver les façons de le faire. Je suis passé par une longue phase de laboratoire. Cet album, je l’ai fait en quatre ans, en prenant une suite d’accords par ci, une rythmique par là, pour que ce soit le plus harmonieux possible.

Sensibilité et messages engagés

On sent chez vous une fragilité inhabituelle dans le rap… La musique est l’espace où j’arrive le plus à accepter cette sensibilité et même à l’alimenter, à la nourrir. C’est peut-être quelque chose que j’ai emprunté aux chanteurs de raï, qui sont très sensibles, qui se permettent de chanter des peines de cœur… C’est assez décomplexé dans la musique algérienne, dans une société pourtant plus dure que la société française.

On retrouve cela dans la chanson Les Zhommes… C’est vraiment une chanson sur ce thème, sur la masculinité toxique. Je dis les Zhommes, parce que c’est comme ça qu’on appelle les Algériens, mais cela concerne tous les hommes. C’est une chanson qui me tient à cœur. La chanson a été bien reçue, ce qui a fait débat sur les réseaux, c’est le clip où on me voit Zemdane et moi, torse nu de dos dans un hamam. Franchement, c’était la chose la plus absurde de ma vie, c’est parti dans des délires homophobes. Cela veut dire que cette chanson avait un sens, qu’elle parle d’un vrai sujet.

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Il y a une autre chanson importante, c’est La Voisine… Je l’ai écrite avec Ilan, avec qui j’ai composé l’album. C’est mon pote, il est juif et moi, je suis musulman. Un jour, j’ai mangé chez sa mère avant un concert. C’était assez fou, j’avais l’impression d’être chez ma tante. Nos communautés se ressemblent tellement et on entend des histoires d’inimitié. J’ai voulu en faire un son et je me suis mis dans la peau d’un enfant pour rendre les différences encore plus absurdes. C’est une chanson qui me tient à cœur, je l’avais déjà faite avant, je l’avais mis de côté pour la sortir sur l’album.

C’est important pour vous qu’il y ait des messages dans vos chansons ? Si je peux me servir de la musique pour faire passer des messages sur le vivre ensemble que dans la vie je porte tous les jours, c’est gagné.

Concert et influences

Sur scène, à quoi ressemble un concert de Danyl ? C’est la première tournée où on a des musiciens. C’est assez généreux musicalement et on essaie de passer par toutes les émotions, avec des moments plus refermés et des moments de célébration, d’explosion.

Vous êtes fan de Bad Bunny. Avez-vous vu son concert à la mi-temps du Super Bowl ? Bien sûr. Je suis un fan de la première heure. J’ai toujours été très inspiré par la façon dont il arrive à faire entrer les sonorités de Puerto Rico avec des musiques plus reggaeton, du rap, de la pop… Il a toujours fait passer des messages dans une musique dansante. Cette façon de faire coexister le fond et la forme, c’est rare et tellement bien fait. Ce concert, c’est une apothéose et je suis content qu’un artiste comme lui puisse exister.

Samedi 28 mars, 20 h 30. Paloma, 250 chemin de l’Aérodrome, Nîmes. De 21 € à 28 €. 04 11 94 00 10.