Le boycott est devenu une ligne de partage explosive dans le monde de la culture, où des artistes et des institutions sont de plus en plus souvent sommés de prendre position sur des conflits internationaux, selon une enquête publiée par Libération le 21 juillet 2025.
Un phénomène qui s'intensifie
Depuis le début de la guerre à Gaza, les appels au boycott culturel se multiplient, ciblant aussi bien des festivals que des artistes israéliens ou pro-israéliens. En France, le milieu culturel est particulièrement secoué, avec des pétitions, des annulations de concerts et des prises de position qui fracturent les corporations.
Selon l'enquête, plus de 200 artistes ont signé une tribune en faveur du boycott d'Israël, tandis qu'une contre-pétition réunit près de 500 signatures défendant la liberté de création sans condition politique.
Des précédents historiques
Le boycott culturel n'est pas nouveau : il a été utilisé contre l'Afrique du Sud de l'apartheid, contre la Russie après l'invasion de l'Ukraine, ou encore contre la Chine pour les Ouïghours. Mais chaque contexte ravive des débats sur l'efficacité et la légitimité de ces actions.
Interrogé par Libération, le sociologue des arts Jean-Marie Pradier explique : « Le boycott est une arme à double tranchant. Il peut faire pression sur un régime, mais il peut aussi diviser les artistes et limiter la diversité des expressions. »
Des conséquences concrètes
En France, plusieurs festivals ont déjà subi des pressions. Le Festival d'Avignon a dû annuler un spectacle d'une compagnie israélienne après des menaces de manifestations. De son côté, le Festival de Cannes a été critiqué pour avoir accueilli un film israélien en compétition officielle.
Les chiffres sont parlants : selon un sondage Ifop réalisé pour Libération, 43% des Français estiment que le boycott culturel est un moyen légitime de contestation politique, tandis que 38% y sont opposés. Parmi les artistes, le clivage est encore plus net : 55% des artistes de moins de 35 ans se disent favorables au boycott, contre seulement 25% des plus de 60 ans.
Un débat qui dépasse la culture
Cette fracture dépasse le simple cadre culturel. Elle reflète des clivages politiques plus larges, entre ceux qui voient l'art comme un outil d'engagement et ceux qui le considèrent comme un espace neutre.
La ministre de la Culture, en poste depuis 2024, a appelé au calme : « La culture doit rester un lieu de dialogue, pas de guerre. » Mais ses appels peinent à apaiser les tensions, alors que de nouvelles actions de boycott sont annoncées pour la rentrée.



