Un spectacle qui interroge le moment où tout a basculé
Anthony Joubert, humoriste connu du grand public depuis ses débuts à la télévision il y a dix-huit ans, rencontre un franc succès avec son one-man-show intitulé À quel moment ça a merdé ?. Dans ce spectacle, il mêle avec habileté nostalgie, observations acérées sur notre rapport à la technologie et improvisation. Il se produira le dimanche 23 août à 21 h 30 aux arènes de Palavas-les-Flots (avenue de l’Abbé-Brocardi). Le tarif est fixé à 20 €.
Interrogé par Midi Libre, Joubert explique que le titre du spectacle est une question que beaucoup se posent. « Je pense avoir trouvé une réponse, et c’est justement pour ça que j’en ai fait un spectacle. Mais il faut voir l’heure de spectacle pour comprendre le cheminement qui m’y a conduit », confie-t-il.
La technologie, source de rires et de réflexions
Dans son numéro, l’humoriste aborde notamment l’omniprésence du téléphone portable. « Je suis né dans une génération où la technologie n’a cessé d’évoluer. On a commencé par les téléphones “frigo”, on a connu le Bip-Bop, puis Internet est arrivé et tout s’est accéléré », raconte-t-il. Il illustre son propos par une anecdote : « Aujourd’hui, quand j’essaie d’expliquer à un enfant ce qu’était Vidéo Futur, je lui dis : “C’était comme Netflix, sauf qu’il fallait aller chercher la cassette.” Mais il ne sait pas ce qu’est une cassette. Alors je parle du DVD… qu’il ne connaît pas non plus. Je finis par dire : “C’est comme une clé USB.” Et là, je me rends compte que je suis devenu vieux. Je me dis que ça a merdé quelque part. »
Pour lui, la nostalgie est un excellent matériau comique. « Je parle d’avant, mais aussi d’aujourd’hui. La nostalgie rassemble tout le monde. À l’époque, on regardait tous les mêmes programmes à la télévision, on partageait les mêmes références. Cette génération a vécu beaucoup de choses en commun : les boîtes de nuit, la mode, les premiers téléphones… Aujourd’hui, on ne va même plus aux toilettes sans son portable ! J’ai un copain qui oublie son téléphone, on dirait qu’il fait une occlusion intestinale », plaisante-t-il.
Un spectacle vivant, en constante évolution
Le spectacle évolue quasiment à chaque représentation. « Il y a des blagues qui restent parce qu’elles fonctionnent parfaitement, mais je ne garde jamais une vanne juste parce qu’elle fait rire. J’aime qu’elle apporte aussi une réflexion », souligne Joubert. L’improvisation occupe une place centrale : « C’est indispensable. Si je fais exactement le même spectacle tous les soirs, autant donner un DVD au public. Chaque salle est différente, chaque public aussi. J’aime jouer avec les situations, avec les spectateurs, toujours avec bienveillance. Une personne ne paie pas sa place pour se faire insulter. En revanche, on peut s’amuser ensemble de ce qui se passe pendant le spectacle. »
Dix-huit ans de carrière : leçons et authenticité
Interrogé sur ce qu’il a appris en dix-huit ans de métier, l’humoriste répond : « Déjà, vous venez de me donner un coup de vieux ! Ce que j’ai appris, c’est qu’il ne faut pas faire comme les autres. Aujourd’hui, je fais les choses dont j’ai envie. Si j’ai quelque chose à dire, je le dis, avec le plus de tact possible. J’essaie d’être sincère. Ceux qui ne sont pas d’accord avec moi ne viendront peut-être pas me voir, mais ce n’est pas grave. Quand on fait ce métier, on donne de l’amour, mais on en reçoit aussi. C’est cette authenticité que je veux partager. »
Malgré son regard critique sur les travers de l’époque, Joubert trouve des évolutions formidables, notamment dans la médecine et l’intelligence artificielle. « L’IA doit ouvrir des portes, donner des idées, pas remplacer l’humain », précise-t-il.
Un artiste ancré dans le Sud
Né à Arles et vivant à Avignon, l’humoriste assume son attachement au Sud : « J’ai besoin du soleil. J’ai vécu plusieurs fois à Paris, dans un studio de 10 m², et je perdais le moral. Aujourd’hui, Avignon me permet d’être près de la gare TGV : je monte à Paris en deux heures et demie, puis je retrouve mon Sud. »
Actuellement, il participe activement au Festival d’Avignon avec trois spectacles : Le Dîner de cons où il interprète François Pignon, Le Sosie (une pièce qu’il a écrite) et À quel moment ça a merdé ?, qui affiche complet jusqu’à la fin du festival. Il se réjouit de jouer à Palavas-les-Flots : « C’est un honneur. Petit, j’allais voir des spectacles dans ce type d’espace. Aujourd’hui, c’est à mon tour d’y monter. »



