La Cedeao approuve la construction du gazoduc Nigeria-Maroc
Cedeao approuve gazoduc Nigeria-Maroc

La Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao) a donné son feu vert à la construction du gazoduc Nigeria-Maroc, un projet titanesque de 5 600 kilomètres qui vise à exporter le gaz naturel nigérian vers l'Europe via le Maroc. Cette décision a été annoncée le 20 juillet 2026 à l'issue d'un sommet des chefs d'État de l'organisation à Abuja, au Nigeria.

Un projet stratégique pour l'Afrique de l'Ouest

Le gazoduc, dont le coût est estimé à 25 milliards de dollars, traversera une dizaine de pays ouest-africains, dont le Bénin, le Togo, le Ghana, la Côte d'Ivoire, le Liberia, la Sierra Leone, la Guinée, la Guinée-Bissau, la Gambie, le Sénégal et la Mauritanie, avant d'atteindre le Maroc. Il devrait permettre de transporter 30 milliards de mètres cubes de gaz par an, soit l'équivalent de la consommation annuelle de la France.

Selon le président de la Commission de la Cedeao, Omar Touray, ce projet est "un tournant majeur pour l'intégration énergétique régionale et la sécurité énergétique de l'Afrique de l'Ouest". Il a ajouté que le gazoduc "créera des milliers d'emplois directs et indirects et stimulera le développement économique des pays traversés".

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Un projet dans les tuyaux depuis des années

L'idée de ce gazoduc remonte à 2016, lorsque le Nigeria et le Maroc ont signé un protocole d'accord. Depuis, les études de faisabilité et les négociations avec les pays de transit se sont poursuivies. Le projet a été relancé en 2022 dans le contexte de la guerre en Ukraine, qui a mis en lumière la dépendance européenne au gaz russe et la nécessité de diversifier les sources d'approvisionnement.

Le Nigeria, qui possède les plus grandes réserves de gaz d'Afrique, avec 5 500 milliards de mètres cubes, cherche à monétiser ses ressources. Le Maroc, de son côté, ambitionne de devenir un hub énergétique régional et de renforcer ses liens avec l'Afrique subsaharienne.

Des défis techniques et financiers

Malgré l'approbation politique, le projet reste confronté à des défis considérables. Le gazoduc devra traverser des zones maritimes profondes, notamment au large de la Mauritanie et du Maroc, ainsi que des régions instables comme le delta du Niger, où les sabotages de pipelines sont fréquents. Par ailleurs, le financement n'est pas encore bouclé : la Banque africaine de développement et la Banque mondiale ont exprimé leur intérêt, mais aucun engagement ferme n'a été pris.

"Ce projet est ambitieux, mais il est réalisable si les États membres et les partenaires internationaux travaillent ensemble", a déclaré le ministre nigérian des Ressources pétrolières, Timipre Sylva. Il a souligné que le Nigeria a déjà fait ses preuves avec le gazoduc Ouest-Africain, qui approvisionne le Bénin, le Togo et le Ghana depuis 2010.

Un impact géopolitique majeur

Le gazoduc Nigeria-Maroc pourrait redessiner la carte énergétique de l'Afrique et de l'Europe. En offrant une alternative au gaz russe, il renforcerait la sécurité énergétique de l'Union européenne, qui cherche à réduire sa dépendance à Moscou. Le Maroc, de son côté, verrait son rôle géopolitique renforcé, en devenant un interlocuteur clé entre l'Afrique et l'Europe.

Le projet est également perçu comme un levier de développement pour les pays ouest-africains, dont beaucoup manquent d'accès à l'électricité. Selon la Banque mondiale, près de 220 millions de personnes en Afrique de l'Ouest n'ont pas accès à l'électricité. Le gazoduc pourrait alimenter des centrales électriques locales et favoriser l'industrialisation.

La construction devrait débuter en 2027, avec une mise en service prévue pour 2032. Les travaux seront réalisés par phases, la première reliant le Nigeria au Ghana. Le projet est soutenu par la Cedeao, l'Union africaine et l'Union européenne, qui y voit un maillon essentiel de sa stratégie Global Gateway.

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