À Aix, une "Femme sans ombre" magistrale qui fera date
À Aix, une "Femme sans ombre" magistrale qui fera date

Le festival d’Aix-en-Provence a vécu une soirée historique avec la première de La Femme sans ombre de Richard Strauss, le 4 juillet 2026. Jamais programmé jusqu’à cet été, l’ouvrage a obtenu un accueil délirant, salué par des ovations et des clameurs comparables à celles de l’Elektra de 2013, dernière signature de Patrice Chéreau au Grand théâtre de Provence.

Une mise en scène qui s’appuie sur les contrastes et les symboles

Le metteur en scène australien Barrie Kosky, déjà invité au festival, a relevé le défi d’un livret d’une complexité rare, convoquant des mondes abstraits et difficilement traduisibles. Il compose un récit théâtral où les symboles, les approches initiatiques, les questions d’incommunicabilité et la sphère des esprits et des humains se croisent. Le dispositif scénique ingénieux, avec un module sombre qui monte ou descend des cintres, délimite des univers différents grâce à des contrastes marqués entre lumière et obscurité, et des changements de décor d’une belle fluidité. Au final, un catalogue d’images fortes illustré par des interprètes d’un investissement vocal et dramatique remarquable.

Le chef Klaus Mäkelä et tous les artistes face à l’enthousiasme d’une salle debout

Pendant de longues minutes, le public debout a réservé à tous les artisans de cette production un accueil de gala, preuve d’un choc artistique et musical d’une intensité qui restera dans les souvenirs. Les interprètes des rôles principaux ont délivré des leçons mémorables pour cet ouvrage straussien d’une incessante difficulté. Le ténor Michael Spyres propose un Empereur d’une belle lumière et à la ligne de chant constamment soignée. Nina Stemme, wagnérienne majeure de ces 25 dernières années, offre une Nourrice d’une grande force expressive et d’une ampleur vocale jamais retenue. La soprano lituanienne Vida Miknevičiūté, en Impératrice, a été ovationnée pour une générosité impressionnante d’un matériau vocal aux aigus tranchants et une aisance théâtrale confondante. Le baryton Brian Mulligan dessine un Barak splendide de timbre, de cœur et aux accents bouleversants. Ambur Braid, Teinturière d’immense envergure, à la projection hors du commun, laisse le Grand théâtre de Provence sous le choc.

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Maître d’œuvre de plus de 3 heures de musique envoûtante, Klaus Mäkelä, tout jeune trentenaire à la tête de l’Orchestre de Paris, hisse la soirée vers les sommets. Il demande aux instrumentistes de traduire toute la puissance tellurique de la partition de Richard Strauss et d’en extraire les plus déchirantes phrases de tendresse et de douceur venues des cordes, soulevant l’enthousiasme des grands jours et faisant naître des souvenirs longtemps gravés.

Réservation : Tél. 08 20 67 00 57, billetterie@festival-aix.com. Représentation du jeudi 9 juillet diffusée en direct sur ARTE.TV.

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