Le procès pour l'assassinat de Daphne Caruana Galizia, journaliste d'investigation maltaise tuée par l'explosion de sa voiture le 16 octobre 2017, s'est ouvert ce lundi à La Valette. Trois hommes sont accusés de son meurtre. L'audience a lieu dans une salle d'audience spécialement sécurisée, sous haute tension.
Un procès historique pour Malte
Ce procès est considéré comme l'un des plus importants de l'histoire récente de Malte. Daphne Caruana Galizia, 53 ans, était connue pour ses enquêtes sur la corruption au sein du gouvernement maltais, notamment dans le cadre du scandale des Panama Papers. Elle avait également dénoncé les liens entre des responsables politiques et le crime organisé.
Les trois accusés – Alfred Degiorgio, son frère George Degiorgio et Vincent Muscat – sont suspectés d'avoir posé la bombe sous le siège conducteur de la voiture de la journaliste. Ils plaident non coupables. Le procès devrait durer plusieurs semaines.
Les risques de l'investigation locale
Selon le comité pour la protection des journalistes (CPJ), au moins 14 journalistes ont été tués en Europe entre 2017 et 2023, dont Daphne Caruana Galizia. L'organisation souligne que "le plus grand danger pour un journaliste est de couvrir la corruption dans son propre pays".
La famille de la journaliste a exprimé son espoir que ce procès permette de faire la lumière sur les commanditaires du meurtre. "Nous attendons justice depuis six ans", a déclaré son fils, Matthew Caruana Galizia, lors d'une conférence de presse. "Ce procès est une étape cruciale, mais il ne doit pas être le dernier mot."
Des zones d'ombre persistantes
Les enquêteurs n'ont pas encore identifié les commanditaires présumés. Plusieurs personnalités politiques maltaises, dont l'ancien Premier ministre Joseph Muscat, ont été mises en cause par des témoins, mais aucune charge n'a été retenue contre elles. L'opposition maltaise a appelé à une commission d'enquête indépendante.
L'Union européenne a suivi de près l'affaire, la Commission européenne ayant exhorté Malte à renforcer l'indépendance de son système judiciaire. En 2020, une enquête publique maltaise a conclu que l'État avait créé un "climat d'impunité" qui avait permis l'assassinat.
Un impact durable sur le journalisme
La mort de Daphne Caruana Galizia a eu un retentissement international. En 2018, elle a reçu à titre posthume le prix du courage du CPJ. Son assassinat a également conduit à la création de la Fondation Daphne Caruana Galizia, qui soutient les journalistes d'investigation dans le monde.
"Ce procès rappelle que le journalisme d'investigation est essentiel à la démocratie, mais qu'il expose ceux qui le pratiquent à des risques mortels", a déclaré un porte-parole de Reporters sans frontières. L'organisation a appelé les autorités maltaises à garantir la sécurité des journalistes.



