La mode face aux défis : entre audace créative et retour aux essentiels
Mode : audace créative et retour aux essentiels

La mode face aux défis : entre audace créative et retour aux essentiels

Dans un contexte économique et géopolitique complexe qui impacte également le secteur du luxe, la singularité du prêt-à-porter dévoilé de Milan à Paris en passant par New York et Londres réside dans des propositions affirmant la parure comme essentielle et flirtant ouvertement avec la Couture. Cette tendance se vérifie chez des maisons historiquement liées à ce genre de beauté, comme Schiaparelli ou Balenciaga, où Pierpaolo Piccioli révise l'héritage de Cristobal, ou chez McQueen, où Sean McGirr s'approprie les codes du fondateur. Elle est également palpable chez Bottega Veneta, où Louise Trotter mise sur l'artifice. Ainsi flotte dans l'air une volonté de parti pris créatif, caractéristique des grandes collections de la saison, de Chanel à Dior, de Tom Ford à Vuitton.

Le goût Bezos et l'audace nécessaire

Certes, certains travers apparaissent parfois, où l'effet est excessif, la couleur trop prononcée, ou le total look trop littéral – ce que l'on pourrait qualifier de goût Bezos, en référence à Lauren Sanchez, épouse du milliardaire, qui entend compter dans le monde de la mode avec Anna Wintour comme mentor. Certaines marques ne résistent pas à lui faire de l'œil. Pourtant, la leçon des temps incertains est irréfutable : jamais la création n'y est aussi féconde, ni la mode plus désirable. Il ne s'agit pas d'une apologie de la légèreté mais d'une exaltation des esprits indépendants et de l'audace. La civilisation peut se jouer dans un simple col.

Gucci : le retour du sexy calculé

Un string peut-il sauver un empire ? Il peut en tout cas susciter l'émotion et le débat, comme celui porté par Kate Moss en clôture du premier défilé de Demna pour Gucci. Ce détail, où l'on n'apercevait que le double G suspendu dans le dos, plongeait dans les grandes heures de Gucci version Tom Ford et la tendance du porno chic. En remettant le sexy au cœur de son propos, Demna parie sur la montée du désir. Être à la mode, c'est oser une attitude, à l'instar de ces modèles au port décontracté. Tout concourt à un sexy graphique, ancré dans la technicité et l'hybridation du streetwear et du tailoring. Le pari de Demna est calculé et intelligent.

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Chanel : la métamorphose selon Blazy

Matthieu Blazy s'est débarrassé des scories et revient à Gabrielle Chanel, s'emparant du paradoxe entre fonctionnalité et envie de briller. Il déchaîne littéralement le tailleur, le sublime en trompe-l'œil, joue des proportions et surprend en rappelant que la couleur préférée de Chanel n'était pas le noir mais l'iridescent. D'où des prouesses textiles rappelant Monet. Avec Blazy, Chanel n'est plus une simple agrégation d'icônes, c'est un désir contemporain, en (dé)construction permanente.

Dior : l'art de la parade royale

Chez Dior, Jonathan Anderson recrée la perspective des Tuileries voulue par Louis XIV, en filant la métaphore d'un moment célébrant la joie de s'habiller. Vestes inspirées de l'habit de cour, denims très couture, sarouels brodés : il interprète l'esthétique des carrousels royaux sans tomber dans l'historicisme. Anderson pose sa patte sur chaque tenue et crée un nouveau désir, joyeux et ancré dans l'époque.

Saint Laurent : l'esprit de Babylone revisité

Anthony Vaccarello ne tente pas de recréer l'appartement d'Yves Saint Laurent, mais capture l'atmosphère de la Rue de Babylone dans un pavillon éphémère. L'esprit se lit dans le tailoring précis des costumes rayés et des smokings, la sensualité des dentelles, l'allure des talons et les volumes des manteaux oversize. Une interprétation singulière des essentiels Saint Laurent, entre épure et sophistication.

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Les tendances phares de la saison

  • Le tailleur-pantalon : un classique qui ondule, ample et fluide chez Armani, glamour chez Dolce & Gabbana, ou parfaitement coupé chez Fendi.
  • Le chic Tom Ford : Haider Ackermann imagine pour Patrick Bateman des costumes stricts, des bombers en satin et un entourage de femmes fortes et ultraféminines.
  • La femme de l'hiver : sexy, forte et chic, elle trouve son allure dans le déshabillé et sa sophistication dans le détail, de Gucci à Saint Laurent.
  • La joie chez Celine : Michael Rider apporte légèreté et sophistication avec des plumes, rappelant qu'une allure tient à un presque rien.
  • Échapper au noir : avec des sequins chez Rabanne, des fils d'or chez Dries Van Noten, ou une palette arc-en-ciel chez Loewe et Prada.
  • Les bottes : fines chez McQueen, puissantes chez Hermès, urbaines chez MM6 Maison Margiela, elles affirment une direction.
  • Le nouveau Fendi : Maria Grazia Chiuri revendique une mode portée, interrogeant l'intemporalité de la maison avec une garde-robe pensée pour l'autonomie.
  • Dolce & Gabbana : même avec Madonna au premier rang, la collection puise avec force dans les codes de la maison, créant le désir par un tailoring impeccable et une légèreté couture.
  • L'héritage Armani : Silvana Armani maintient la flamme avec fluidité et simplicité sophistiquée, dans un hommage tendre à Giorgio.
  • Le cuir omniprésent : réinterprété en couture chez Balenciaga, en détail chez Celine, ou en savoir-faire artisanal chez Tod's et Hermès.
  • Le rural chic de Vuitton : Nicolas Ghesquière vagabonde vers une fantaisie jurassienne, flirtant avec le folklore et l'artisanat, où le luxe affiche un sourire doux.

Face aux défis du moment, la mode répond par une créativité audacieuse et un retour aux essentiels, prouvant que le désir et la beauté restent des forces vives, capables de transcender les incertitudes.