Edgar Morin, sociologue et citoyen d'honneur de Mouans-Sartoux, est mort à 104 ans
Edgar Morin, sociologue, est mort à 104 ans

Figure majeure de la vie intellectuelle et médiatique française et voix respectée à gauche, le sociologue et philosophe Edgar Morin est mort vendredi 29 mai à l'âge de 104 ans, et sa mémoire a été saluée samedi par une pluie d'hommages. Véritable monument centenaire de la pensée française, il laisse derrière lui une œuvre immense et une influence qui dépasse largement les frontières de l'Hexagone.

Un hommage unanime

« Jusqu'à ses derniers jours, Edgar Morin est demeuré attentif au monde, aux autres et aux grands enjeux humains qui ont nourri sa pensée », écrit samedi matin son épouse, Sabah Abouessalam Morin, dans un communiqué transmis à l'AFP. « Aujourd'hui, le vide qu'il laisse est immense. Mais son courage, sa fidélité aux êtres et aux idées, son exigence morale et son espérance continuent de nous accompagner », ajoute-t-elle.

Le président de la République, Emmanuel Macron, a salué en lui « l'humanisme fait personne », adressant à ses proches « les condoléances de la Nation ». Il a qualifié Morin de « penseur du siècle », dont l'œuvre très diverse se voulait une réflexion sur l'Homme à partir des données de la science.

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Le leader de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon a adressé un « salut ému » à cet « antifasciste, résistant, théoricien de la complexité », rappelant que l'intellectuel avait « pris sa part dans la protestation contre le massacre des Palestiniens à Gaza ».

Citoyen d'honneur de Mouans-Sartoux

Le penseur, philosophe et sociologue Edgar Morin avait également marqué la commune de Mouans-Sartoux, dont il était devenu citoyen d'honneur en 2019. Il se sentait « un peu comme à la maison » quand il venait dans cette ville des Alpes-Maritimes, qui l'avait définitivement adopté.

Une pensée complexe et pluridisciplinaire

La ministre de la Culture, Catherine Pégard, a salué un « combattant infatigable pour la liberté, philosophe de la +pensée complexe+ qu'il jugeait un besoin vital ». François Hollande a estimé qu'il avait « traversé le siècle en l'éclairant », rappelant leur livre d'entretien cosigné en 2012, « Dialogue sur la politique, la gauche et la crise ».

L'ancien ministre de l'Éducation nationale Jean-Michel Blanquer, avec qui Edgar Morin avait coécrit « Quelle école voulons-nous ? » en 2020, a souligné qu'« il aimait confronter ses idées à tout ce qui était différent » et que « nos débats pouvaient durer des heures ».

Dominique de Villepin, ancien Premier ministre, a renchéri : « Il nous lègue l'espérance d'une politique de civilisation à même de reconstruire un monde effondré. »

Une œuvre monumentale

Docteur honoris causa de 38 universités étrangères, Edgar Morin a écrit une quarantaine d'ouvrages, largement traduits. Parmi eux, « Autocritique » (1959), qui relate son exclusion du Parti communiste français et ses propres aveuglements face au stalinisme ; « La Rumeur d'Orléans » (1969), sur une rumeur antisémite ; « La méthode » (1977-2004), son œuvre majeure en six volumes ; et plusieurs livres sur l'écologie, thème qui lui tenait à cœur. Son dernier ouvrage, « Y a-t-il des leçons de l'Histoire ? », est sorti en 2025.

L'Unesco a jugé que « le cheminement d'Edgar Morin est une méthode pour l'avenir ». En juillet 2021, il avait donné une « conférence du centenaire » au siège de l'organisation à Paris à l'occasion de ses 100 ans.

Un parcours de résistant

De son vrai nom Edgar Nahoum, il est né enfant unique le 8 juillet 1921 à Paris, dans une famille juive originaire de Salonique en Grèce, émigrée à Paris. En 1941, il rejoint le Parti communiste et entre dans la Résistance sous le pseudonyme de Morin. La publication d'« Autocritique » marque les esprits. À cette époque, Edgar Morin est aussi l'un des fondateurs du comité des intellectuels contre la guerre d'Algérie.

Soixante ans plus tard, l'intellectuel est au cœur d'une affaire qui fait grand bruit : il est poursuivi pour antisémitisme par deux associations, visant une tribune dont il était coauteur en 2002, selon laquelle « les juifs qui furent les victimes d'un ordre impitoyable imposent leur ordre impitoyable aux Palestiniens ». Il gagne en cassation.

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Longtemps établi à Paris, ce père de deux filles vivait à Montpellier depuis quelques années. Le ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, Philippe Baptiste, a assuré que ce secteur rendrait « hommage prochainement » à celui qui « restera une boussole ».