La chronique de Sophie Fontanel
Pourquoi la mode de Jacquemus se marie extraordinairement bien avec l'idée du football. La collaboration entre le créateur, Nike et la FFF dans le cadre du Mondial 2026 est bien plus qu'un coup publicitaire, c'est un pas en avant, estime notre chroniqueuse.
C'est l'histoire d'un gosse du Sud, né à Mallemort, dans les Bouches-du-Rhône. Un gosse lumineux qui très vite aime « les chiffons » et taille même – dans une nappe – une robe pour sa mère. C'est l'histoire d'un adolescent qui se fait chambrer cruellement à l'école parce qu'il est trop féminin, et vraisemblablement « préférera » les hommes. C'est l'histoire de sa mère qui lui dit que cette différence est sa force. Le jeune homme monte à Paris et y crée, sans avoir un sou vaillant, sa maison de mode. Quelques années plus tard, il connaît la gloire, il véhicule l'idée de douceur. Il a un mari et deux enfants.
C'est donc l'histoire de Simon Porte Jacquemus. Or, maintenant, de l'autre côté, c'est l'histoire du football. C'est l'histoire d'un sport d'hommes qui n'expriment pas vraiment leur éventuelle féminité. L'histoire d'un sport dans lequel il faut attendre 1990 pour qu'un joueur – Justin Fashanu – ose faire son coming out. Aujourd'hui, la mode de Jacquemus, avec ses coupes fluides, ses couleurs pastel et sa sensualité assumée, vient bouscler les codes traditionnels du football. Les maillots imaginés pour l'équipe de France mêlent élégance et performance, prouvant que le sport peut aussi être un terrain d'expression personnelle et de diversité. Cette alliance inattendue entre le créateur provençal et le ballon rond symbolise une ouverture des mentalités, où la mode n'est plus un simple accessoire mais un vecteur de changement social.



