Le bleu martin-pêcheur : un choix audacieux pour un mariage royal
Le bleu martin-pêcheur n'est pas une couleur ordinaire, que l'on soit reine d'Angleterre ou simple citoyenne. Le couturier anglais Norman Hartnell l'avait bien compris lorsqu'il proposa à sa cliente la plus célèbre, Elizabeth II, d'oser cette teinte pour le mariage de sa sœur, la princesse Margaret, avec le photographe Tony Armstrong-Jones, le 6 mai 1960. Il s'agissait d'être un peu dans l'air du temps, sans pour autant devenir une icône des sixties naissantes. Le choix se porta donc sur une couleur mettant en valeur la délicate carnation royale et le bleu de ses yeux.
Une robe formelle aux messages subtils
Côté coupe, la tenue était d'une formalité remarquable, peut-être pour signifier au fiancé qu'il entrait dans une famille de tradition. L'incroyable robe de guipure sur soie, avec son boléro assorti, était longue – elle marqua d'ailleurs la fin des robes longues portées lors des mariages royaux.
La tendresse des roses : un hommage chapeauté
Pour adoucir ce choix très protocolaire, Elizabeth II opta pour la tendresse dans son couvre-chef. Deux chapeaux avaient été imaginés pour l'événement par Claude Saint-Cyr – l'un de plumes, l'autre de soie orné de trois roses. La souveraine choisit ce dernier, probablement en hommage à sa sœur dont le deuxième prénom était Rose. Ainsi, une seule tenue révélait toutes les facettes de celle qui la portait : les attributs esthétiques d'une robe de cour convenant à Elizabeth Regina, et le clin d'œil textile de Lilibeth, le surnom intime d'Elizabeth Windsor, à sa cadette dont elle était si proche depuis l'enfance.
4 000 tenues qui racontent l'histoire des Windsor
On pourrait commenter et feuilleter les quelque 4 000 tenues d'Elizabeth II conservées dans les archives royales, dont un certain nombre est présenté dans l'exposition consacrée au style de la souveraine, à l'occasion du centenaire de sa naissance. Ce n'est pas la première fois que les salons du palais exposent la garde-robe royale, mais rarement l'agrégation aura été si documentée, si universitaire, si rigoureuse. Dans ces broderies et ces tweeds, ces soies et ces dentelles, ces plumes et ces cotons, se lisent l'histoire de la souveraine, mais surtout la manière dont les Windsor envisagent leur rapport à la couronne.
Une souveraine jamais à la mode
Elizabeth II n'a jamais été à la mode. On ne croise que peu de griffes connues dans son vestiaire. Enfant, elle porta peut-être du Molyneux, adolescente du Lanvin que sa mère appréciait. Mais par la suite, elle ne fit confiance qu'aux couturiers anglais, engageant un dialogue particulier avec Norman Hartnell qui l'habilla le plus longtemps. Il savait répondre à la double contrainte de célébrer les artisans locaux tout en rendant hommage aux occasions, notamment lors des événements marquants du règne et des visites à l'étranger.
Du symbolisme dans chaque détail
Des symboles du Commonwealth parsemant la robe du sacre aux fleurs de France sur la robe de soirée portée lors de sa visite officielle en 1957, chaque élément était pensé. Hartnell soulignait la taille de la souveraine et faisait évoluer les formes de la crinoline vers des silhouettes plus contemporaines, avec des influences du New Look de Dior avant l'avènement des coupes tubulaires. Les tiares, broches et autres parures étaient choisies avec un soin diplomatique marqué – on ne porte pas un diadème Romanov en visite officielle en Russie.
Color block et French touch : être vue et reconnue
Ce qui était vrai pour le soir l'était tout autant pour le jour, avec un impératif que l'arrière-grand-mère d'Elizabeth II, la reine Alexandra, avait compris avant tout le monde : la nécessité d'être vue et reconnue. Le color block triomphait, la reine utilisant l'uni coloré sans parcimonie dans une palette complète allant du jaune canari au vert presque fluo de son dernier jubilé.
La French touch des couvre-chefs
Peu d'imprimés ou de plumes, attributs esthétiques de la reine mère Elizabeth. Elizabeth II céda donc le pas sur la mousseline et la fleurette, mais pas sur les chapeaux, qui furent la French touch de celle qui était en titre duc de Normandie. En effet, nombre de ses modistes étaient d'origine française, imaginant turbans et autres encorbellements en harmonie avec la robe, faisant du couvre-chef l'expression textile de la couronne.
Vie privée : carré Hermès, tartan et réparation
Hors des obligations officielles, de Balmoral à Sandringham, la souveraine privilégiait le confort avec un look de lady de la gentry, entre tartan royal – elle aimait particulièrement celui dit de Balmoral, créé par son aïeul Albert de Saxe-Cobourg-Gotha –, petit tailleur de tweed, twin-sets, lodens et bottes de pluie. Elle troquait alors le chapeau pour une autre fantaisie Frenchie, le carré Hermès à dessins équestres.
Le luxe de la réparation et le refus du gaspillage
Elizabeth II croyait au luxe de la réparation : elle fut une des meilleures clientes des services de retouche de John Lobb pour ses brodequins et de Barbour pour son imperméable, refusant énergiquement chaque année que la maison lui offre un nouveau modèle. Ce refus du gaspillage caractérisait la famille – la reine cédait volontiers ses affaires à sa sœur, sa cousine germaine et ses dames d'honneur. Cela fit d'elle, avant que le terme n'existe, une idole de l'écoresponsabilité et de la permanence.
Les créations d'Angela Kelly : un style fonctionnel et singulier
Dans la dernière partie de son règne, elle abandonna toute marque pour laisser le champ libre aux créations d'Angela Kelly, son habilleuse devenue une sorte d'Anna Wintour du vestiaire royal. Ce choix radical de ne pas être à la mode créa une approche essentiellement fonctionnelle du vestiaire – à chaque occasion, sa tenue – qui forgea un style si singulier que la création contemporaine s'en est emparée avec appétit, comme en témoignent les créateurs anglais Erdem Moralioglu ou Richard Quinn.
Exposition « Queen Elizabeth II : Her Life in Style », du 10 avril au 18 octobre, The King's Gallery, Buckingham Palace. On notera le remarquable catalogue Elizabeth II. Fashion and Style, de Caroline de Guitaut.



