Chanel revisite son iconique 2.55 avec le modèle Crush signé Matthieu Blazy
Chanel : le sac 2.55 revisité par Matthieu Blazy en version Crush

Chanel réinvente son iconique sac 2.55 avec la version Crush de Matthieu Blazy

Il y a presque un an, un événement marquant s'est produit dans les ateliers de Chanel. En mai 2025, fraîchement nommé à la direction artistique de la maison de la rue Cambon, Matthieu Blazy s'est rendu dans l'Oise pour découvrir les Ateliers de Verneuil-en-Halatte, où sont confectionnés artisanalement les sacs emblématiques de la marque. Passionné par les savoir-faire traditionnels, le couturier franco-belge a consacré du temps à rencontrer les artisans et à observer leur travail minutieux sur le 2.55, ce sac intemporel créé par Gabrielle Chanel en février 1955, dont la date a inspiré le nom.

La genèse d'une idée novatrice

Marie Dalverny, directrice du développement des nouvelles collections, se souvient avec précision de cette visite déterminante : « Pour répondre à son envie de légèreté, nous avions préparé une version très souple du 2.55. Il l'a prise, l'a froissée à plusieurs reprises entre ses mains comme pour imprimer du mouvement et nous a dit : c'est cette idée de vécu que j'aimerais reproduire. » Cette simple phrase allait donner naissance à un projet ambitieux qui mobiliserait toute l'équipe pendant plusieurs mois.

Trois mois de développement intensif

Trois mois de développement ont été nécessaires pour créer le sac 2.55 Crush, celui-là même qui a défilé à plusieurs reprises, béant au bout des bras des mannequins, lors de la première collection de prêt-à-porter de Matthieu Blazy. Cette collection a été ovationnée pendant la Fashion Week parisienne en octobre dernier et vient tout juste d'arriver en boutique. Pendant ces trois mois, des allers-retours quotidiens ont eu lieu entre le bâtiment écoresponsable de 25 000 m² de la manufacture, située dans l'Oise, et le studio de création parisien, afin de traduire avec exactitude la vision du créateur.

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Un défi technique de grande ampleur

Célia Barani, directrice générale, explique l'ampleur du défi : « C'était un véritable défi car il fallait, d'un côté, conserver tous les codes du 2.55, les proportions, le matelassage diamant inspiré du monde équestre, la chaîne bijou et le fermoir dit Mademoiselle, de l'autre, mettre au point l'innovation technique pour transcrire cette idée de vécu. » Habituée à réinventer les savoir-faire au fil des dix collections annuelles de Chanel, l'équipe de l'atelier développement a imaginé une solution ingénieuse.

L'innovation : une âme métallique

La solution technique repose sur une fine feuille d'aluminium glissée dans la structure du sac, permettant à chaque client d'imprimer le mouvement qu'il désire. Cette « âme métallique », comme on l'appelle dans le jargon maroquinier, confère au 2.55 Crush une flexibilité exceptionnelle. Cette prouesse technique exige désormais 200 étapes de fabrication, contre 180 pour le modèle historique, et nécessite l'intervention d'une trentaine d'artisans pour réaliser les trois tailles disponibles.

Des matériaux soigneusement sélectionnés

Le 2.55 Crush est décliné en cuir d'agneau et, pour la première fois, en veau naturel issu de tanneries européennes, patiné avec de la cire. Chacune des parties est coupée sur place, à Verneuil-en-Halatte, garantissant un contrôle total sur la qualité des matériaux. Parmi les premières étapes dans l'atelier maroquinerie figure l'emblématique matelassage, où la symétrie, la régularité de la piqûre et la tension du fil sont constamment contrôlées par l'œil expert des équipes.

L'expertise des artisans au cœur du processus

Chaque sac est piqué à plat et en volume, passant entre les mains des trois cents artisans qui travaillent dans la manufacture. Certains y sont depuis plus de trente ans, tandis que d'autres ont été récemment intégrés après plusieurs mois à l'Académie des icônes, le centre de formation interne des Ateliers de Verneuil-en-Halatte. Gabriel, venu de l'industrie automobile et en reconversion depuis six mois, explique l'utilisation du plioir, cet outil essentiel en os de bœuf qui permet de façonner le cuir.

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Un geste emblématique : le retourné de sac

Karine, avec trente-deux ans d'expérience dans la maison, démontre un geste emblématique du 2.55 qui demande une dextérité particulière : le retourné de sac. Gabrielle Chanel a imaginé ce modèle avec une approche de couturière, le construisant à l'envers, comme elle l'aurait fait pour un vêtement, afin d'en dissimuler les coutures. Elle a également choisi un cuir d'agneau souple, généralement utilisé dans la ganterie, et a pensé l'intérieur en cuir grenat pour faciliter la recherche des affaires, sans oublier d'ajouter sept poches, dont une spécialement conçue pour le tube de rouge à lèvres.

Une formation spécifique pour la version Crush

Les artisans, qui connaissent chaque détail de ce modèle intemporel, ont récemment été formés pour maîtriser les subtilités de la version signée Matthieu Blazy. Le type de fil, l'aiguille et même la technique de couture ont dû être adaptés au modèle Crush pour accommoder la fameuse feuille d'aluminium. Pour la haute couture printemps-été 2026, Matthieu Blazy est allé encore plus loin en créant une version aérienne en mousseline de soie d'un autre intemporel de Chanel, le 11.12, initialement créé par Karl Lagerfeld.

Une nouvelle direction artistique respectueuse

Cette création illustre parfaitement la direction artistique que Matthieu Blazy insuffle au studio de la rue Cambon : une compréhension fine de l'allure dessinée par Gabrielle Chanel, une connaissance profonde des codes de la maison et une capacité à se les approprier avec autant de respect que de talent. Le 2.55 Crush représente ainsi une synthèse harmonieuse entre tradition artisanale et innovation contemporaine, tout en honorant l'héritage de la fondatrice.