Un ancien reporter de Var-matin raconte comment il a réuni un vétéran américain et ses sauveteurs de 1944
Un reporter réunit un vétéran et ses sauveteurs de 1944

À 90 ans, François Kibler est sans doute le plus ancien reporter de Var-matin de sa génération. Homme de terrain formé aux Dernières Nouvelles d'Alsace puis à France Soir, il avait rejoint Var-matin République en mai 1971. Personnalité au caractère affirmé, lui qui fut chef d'agence à La Seyne, conserve en mémoire de précieux souvenirs d'une carrière menée tambour battant, à l'image de son engagement pour l'information.

Il pourrait se vanter d'avoir un jour mené un jeune tigre au siège de Var-matin République, ou encore d'avoir réussi le pari de faire Ollioules - Paris - New York - Paris en une seule journée, en Concorde s'il vous plaît. Vous raconter comment, avec le photographe qui l'accompagnait, il parvint à faire envoyer au siège du journal les images au lendemain de la catastrophe de Mannheim depuis l'aéroport de Francfort. Ou encore cet échange au Liban, avec Abou Nidal.

Une histoire incroyable avec un vétéran américain

Pourtant, celui dont la signature est indissociable de Var-matin dans les années 70-90, garde plus encore en mémoire cette incroyable histoire avec un vétéran américain qui le contacte en 1984. C'était un opérateur radio mitrailleur, sur un avion Maraudeur, qui intervenait régulièrement en Italie et dans le sud de la France. Aux alentours du 15 août 1944, alors qu'il est en mission afin de déterminer les emplacements d'artillerie allemande, son appareil est touché par la « flak » ennemie, au-dessus de Toulon. Will Largent saute en parachute au-dessus d'un massif montagneux. Grièvement blessé, il parvient à échapper aux Allemands grâce à la végétation, mais est surtout retrouvé par des résistants qui le cachent dans une grotte.

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40 ans après avoir eu la vie sauve par des résistants ollioulais, l'ancien soldat US Will Largent était venu à leur rencontre. Tous avaient été reçus au siège de Var-matin République, par Anne-Marie Laffont (à gauche) en présence de François Kibler (à droite).

Cet épisode durant la fin de Seconde Guerre mondiale, Will Largent l'écrit au journal avec pour intention de retrouver ceux qui lui ont sauvé la vie. À l'époque, François Kibler est grand reporter au sein de la rédaction de Var-matin République, et « l'un des rares à parler anglais », souligne-t-il avec un brin de malice. Il prend attache auprès de Will et commence à mener l'enquête.

« Je fais un premier papier dans lequel j'explique la situation. Un aviateur qui cherche ses sauveteurs. Je glisse maximum de détails… » Le journal commence à recevoir une pile de lettres, de partout dans le département. « Au fur et à mesure, j'appelais Will à Détroit et je lui traduisais les courriers, il me disait non, ce n'est pas ça… On commençait à perdre espoir. »

Et puis, « je reçois dans mon bureau trois personnes qui viennent témoigner. Ils m'assurent avoir sauvé Will, en le cachant d'abord avant de le mener à l'hôpital car ses blessures s'étaient infectées. » Ils racontent alors avoir déposé le militaire américain à proximité d'un hôpital de campagne allemand, après avoir prévenu tout de même les alliés qu'un aviateur américain avait été retrouvé. Le militaire US y passera quelques jours sous bonne garde, avant de passer de prisonnier à gardien, compte tenu de l'avancée des forces alliées.

Lorsque François Kibler raconte à Will sa rencontre avec ces anciens Résistants, ce dernier acquiesce. Ce sont bien eux. Il vient à leur rencontre quelques mois plus tard, est même fait citoyen d'honneur de la ville d'Ollioules. Une visite du journal est organisée en présence d'Anne Laffont, alors directrice générale de Var-matin République. La scène se passe le 14 août 1984, 40 ans jour pour jour après les faits.

« Pour moi, c'est la plus belle histoire, parce que c'est un journal qui a servi à quelque chose. Il sert tous les jours, mais là, on a eu des centaines et des centaines de lettres. Il a rempli son rôle de lien social. »

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Une carrière commencée aux DNA… et pas encore terminée

C'est au service politique des Dernières Nouvelles d'Alsace, alors qu'il est encore étudiant en droit à Strasbourg, que François Kibler a commencé sa carrière journalistique en novembre 1957, avant de rejoindre quelques années plus tard la rédaction de France Soir. « Ma femme était originaire de Toulon », se souvient-il. Alors quand, à la mort de Lazareff, France Soir décide d'une réorganisation, le journaliste choisit de partir et de rejoindre le Var. « Je n'avais jamais vu la Méditerranée, je ne connaissais pas du tout la région. »

Charles Galfré, alors directeur de la rédaction, l'engage… Le début d'une des plus longues pages professionnelles pour celui qui écrira ses plus belles histoires comme reporter. Un temps d'ailleurs, il est seul à occuper cette fonction, c'était avant la création d'un véritable service, dirigé par une femme qui plus est, Nicole Fau. « La seule personne du journal avec qui je ne me suis jamais disputé », sourit-il.

Deux ans après la fusion avec Nice-Matin, François Kibler choisit de quitter l'entreprise. Sans pour autant arrêter sa carrière. « Je continue d'exercer en tant que rédacteur en chef d'un site d'informations culturelles à Six-Fours, Matriochka83.fr ». Journaliste un jour…

1. Le 11 septembre 1982, un hélicoptère de l'armée américaine s'écrase à Mannheim, en Allemagne de l'Ouest tuant les 46 personnes à bord dont des parachutistes toulonnais. Tous devaient faire un saut pour les journées internationales aéronautiques de Mannheim.