À quelques jours du début de la Coupe du monde 2026, la FIFA suscite une nouvelle polémique. Son président, Gianni Infantino, a décidé d'instaurer une conférence de presse payante pour les médias accrédités. Cette décision, annoncée le 18 juillet 2025, impose aux journalistes de débourser 500 dollars pour assister à la conférence de presse officielle de la FIFA, qui se tiendra le 20 juillet. Cette mesure est perçue comme une dérive supplémentaire de l'instance dirigeante du football mondial.
Une décision contestée par les journalistes
L'Association de la presse sportive internationale (AIPS) a immédiatement réagi, qualifiant cette initiative de "scandaleuse". Selon son président, Gianni Merlo, "cela revient à faire payer les médias pour couvrir un événement qu'ils promeuvent déjà gratuitement". La FIFA justifie cette taxe par des coûts d'organisation élevés, mais les critiques y voient une tentative de contrôler l'accès à l'information.
Cette conférence de presse payante intervient dans un contexte déjà tendu entre la FIFA et les médias. En 2024, l'instance avait déjà réduit le nombre d'accréditations pour les grands médias, privilégiant les influenceurs et les plateformes numériques. Selon des sources internes, la FIFA aurait généré près de 2 millions de dollars grâce à ce système lors des précédentes compétitions.
Un précédent inquiétant pour la liberté de la presse
Les organisations de défense des droits des journalistes, comme Reporters sans frontières (RSF), dénoncent une atteinte à la liberté de la presse. "C'est un dangereux précédent. Si la FIFA peut faire payer les médias, d'autres organisations suivront", a déclaré un porte-parole de RSF. La décision de la FIFA intervient alors que plusieurs pays hôtes de la Coupe du monde 2026, notamment les États-Unis, le Canada et le Mexique, sont pointés du doigt pour leurs restrictions à la liberté de la presse.
Le Syndicat des journalistes français (SNJ) a également condamné cette mesure, la qualifiant de "mépris pour le travail des journalistes". Dans un communiqué, le SNJ appelle les rédactions à boycotter la conférence de presse payante.
Les réactions des médias et des joueurs
Plusieurs grands médias internationaux ont annoncé qu'ils ne paieraient pas pour assister à la conférence de presse. Le New York Times, la BBC et Le Monde ont indiqué qu'ils enverraient leurs journalistes uniquement si la FIFA revenait sur sa décision. En revanche, certains médias plus petits, dépendants de l'accès aux joueurs, pourraient être contraints de payer.
Du côté des joueurs, les réactions sont mitigées. Certains, comme Kylian Mbappé, ont exprimé leur soutien aux journalistes, tandis que d'autres, sous contrat avec la FIFA, préfèrent ne pas commenter. Un joueur ayant requis l'anonymat a confié : "C'est embarrassant. Nous avons besoin des médias pour promouvoir le football, pas pour les exploiter."
Un modèle économique controversé
La FIFA justifie cette mesure par la nécessité de diversifier ses revenus. Selon ses comptes, l'organisation a dépensé 1,5 milliard de dollars pour l'organisation de la Coupe du monde 2026, dont 200 millions pour les infrastructures médiatiques. Cependant, les critiques estiment que la FIFA engrange déjà des milliards grâce aux droits télévisés et au sponsoring.
Selon un expert en économie du sport interrogé par Libération, "cette décision est une erreur stratégique. Elle risque d'aliéner les médias, qui sont pourtant les principaux vecteurs de la popularité du football". La FIFA pourrait ainsi perdre en couverture médiatique, ce qui nuirait à l'image de la Coupe du monde.
Quel avenir pour la relation FIFA-médias ?
Alors que la conférence de presse payante doit avoir lieu dans deux jours, la pression monte sur Gianni Infantino. Plusieurs associations de journalistes ont appelé à une grève de la couverture de l'événement si la FIFA ne revient pas sur sa décision. L'instance dirigeante n'a pour l'instant fait aucun commentaire supplémentaire.
Cette affaire met en lumière les tensions croissantes entre la FIFA et les médias traditionnels, alors que l'organisation cherche à contrôler davantage son récit. La Coupe du monde 2026, qui se déroulera dans trois pays, sera un test pour la liberté de la presse sportive. Si la FIFA persiste, elle risque de créer un précédent dangereux pour tous les grands événements sportifs.



