Antoine de Caunes sera le maître de cérémonie des César le 25 février, pour la dixième fois, un record. Dans un entretien, il livre ses souvenirs en lien avec le 7e Art, mâtinés de tendresse et d’humour. Il revient sur les éditions sous tension des années précédentes et sur son envie de remettre le cinéma au centre du village.
Une feuille de route pour remettre le cinéma au centre
Interrogé sur la feuille de route fixée après les éditions animées par Florence Foresti et Marina Foïs, Antoine de Caunes explique : « La seule qui, me semble-t-il, vaille aujourd’hui, c’est de remettre un peu le cinéma au centre du village. Je voudrais quelque chose de très festif autour du cinéma qui est, pour moi, un art qui rassemble. Les salles ont beaucoup souffert de la pandémie, j’ai envie qu’un des messages de la soirée soit d’encourager les gens à aller voir le spectacle sur écran. »
Les cérémonies passées : entre polémiques et happenings
À propos des deux dernières cérémonies, il confie : « C’était, à chaque fois, une situation particulière (la polémique Polanski en 2020, le happening dénudé de Corinne Masiero en 2021). L’an dernier c’était quand même le pompon, il n’y avait pas de films, pas de spectateurs dans la salle, ça faisait beaucoup et on a eu le sentiment que le milieu du cinéma se retournait sur lui-même pour se demander des comptes et en demander au reste du monde. Alors que tout le monde était passé par les mêmes difficultés. »
Une tribune pour le cinéma, pas pour la politique
Il précise ne pas vouloir éviter la dimension sociale ou politique : « Non, les César ont toujours été une tribune pour le milieu du cinéma, un moment où s’exprime son mal-être, son bonheur. Je ne suis pas là pour les empêcher de dire ce qu’ils ont envie de dire, je suis là pour essayer de donner un peu d’humeur, faire en sorte que le tempo soit à peu près respecté et que ça soit surtout un spectacle agréable. »
Les moments marquants de ses dix César
Parmi les moments gravés, il évoque l’émotion quand sa fille Emma de Caunes a décroché son César : « Je n’avais pas anticipé l’émotion que ça allait provoquer en moi. » Il se souvient aussi de Tarantino avec son phoque, du micro d’Eastwood en panne, et surtout d’Annie Girardot : « C’était un pur moment de vérité, comme il y en a souvent aux César. L’exemple indépassable d’une grande actrice laissée pour compte par le cinéma et qui venait simplement lui dire à quel point il lui manquait. »
La réalisation, un métier qui lui manque
Antoine de Caunes, qui a signé plusieurs films, de Coluche à Monsieur N., confie que la réalisation lui manque : « C’est le plus beau métier du monde, on a à sa disposition un orchestre symphonique, ou un clavier si on préfère une image plus modeste et on décide des couleurs, du son, du rythme, de l’humeur, du jeu, de la narration… C’est vertigineux. Je n’ai qu’une envie c’est d’y retourner. Cela fait partie des projets à moyen terme. J’ai bon espoir de m’y recoller dans quelque temps avec une comédie noire. »
Souvenirs d’acteur : Chabrol, Mocky, Depardieu
Dans son livre Perso, il livre des souvenirs d’acteur, avec des anecdotes sur Chabrol et Mocky, ce dernier ayant fait rétrécir la porte de son appartement pour empêcher les huissiers d’entrer. « C’est du pur Mocky. J’aime ces gens-là, c’est mon ADN, j’ai toujours baigné là-dedans, je me sens proche de leur sensibilité. » Il raconte aussi une scène avec Guillaume Depardieu, venu voir sa fille Emma à Trouville : « Guillaume était absolument charmant, mais un jour il avait eu la main un peu lourde sur la bouteille et j’avais appelé son père pour qu’il vienne le récupérer. Et Gérard était arrivé avec une caisse de vin de sa production, dans la perspective qu’on la boive ensemble… Ce qui est assez paradoxal car il était censé venir récupérer son fils déjà bourré. »
La bande à Carmet, Coffe et Depardieu
Il évoque aussi Jean Carmet et Jean-Pierre Coffe : « Jean-Pierre Coffe m’avait fait rentrer à la confrérie des amateurs de fromage de tête, je déteste ça, mais c’était un pur prétexte pour aller boire des coups en bouffant de la charcutaille entre personnes civilisées. » Il se souvient de Carmet, un type fin, érudit, subtil, qui s’était endormi sur une moquette et avait découvert le S de Sofitel gravé sur sa joue le lendemain matin.
La rencontre improbable avec Pierre Lescure
Il raconte sa rencontre avec Pierre Lescure, dans un restaurant, alors qu’il ne l’avait pas reconnu et l’avait bombardé de framboises toute la soirée. « J’étais au chômage depuis six mois, je commençais à envisager de changer de métier, c’était donc un rendez-vous déterminant et ce n’est pas exactement comme ça que j’avais prévu de rencontrer Lescure. Mais ça m’en a dit long sur la nature du personnage, il ne m’en a pas tenu rigueur et m’a même avoué après qu’il s’était ennuyé à son dîner et n’avait qu’une envie, venir faire le con avec nous. C’est pour ça que j’ai une affection profonde pour cet homme, c’est quelqu’un de juste humainement. »
Complicité avec José Garcia
Enfin, il évoque sa complicité avec José Garcia : « Avec José, on peut se retrouver demain matin alors qu’on ne se sera pas croisés pendant des mois, c’est comme si on venait de se quitter. Je sais qu’il fait partie de ces gens à qui je peux demander de venir déplacer un cadavre pendant la nuit. » Il mentionne aussi la marque de vin de Garcia, le rosé Garcia, et une blague lors des obsèques de Philippe Gildas où Garcia était arrivé en blanc, ce qui lui a valu des menaces à peine voilées de la part de Garcia dans l’émission « C à vous ».



