L'ONG Reporters sans frontières (RSF) et l'hebdomadaire régional l'Essor Savoyard accusent, lundi 20 juillet, des membres de la mairie d'Annecy d'avoir acheté 1 000 exemplaires du journal le 4 juin pour tenter d'étouffer une affaire de viol visant le premier adjoint au maire, Anthony Granger. Une opération qualifiée de "censure grossière et mal ficelée" par RSF, mais que la mairie dément formellement.
Une razzia dans les kiosques le 4 juin
Ce jour-là, le numéro de l'Essor Savoyard révélait le témoignage d'un homme accusant Anthony Granger de viol. Selon l'enquête conjointe de RSF et du journal, les buralistes de la ville ont été surpris par l'afflux soudain de clients achetant de nombreux exemplaires : 20 ici, 50 là. Un homme a prétexté vouloir 15 exemplaires pour "l'exposé de sa fille", tandis que d'autres se sont fait passer pour des salariés du journal, achetant 146 exemplaires en grande surface sous prétexte d'une erreur dans le numéro. À midi, les deux tiers des points de vente étaient dévalisés.
Un record de vente et une réimpression exceptionnelle
L'Essor Savoyard, qui écoule habituellement 2 000 exemplaires, a enregistré une hausse de 50 % des ventes, soit 1 000 exemplaires supplémentaires. Pour éviter que l'affaire ne soit étouffée, le groupe Le Messager/Rossel France a lancé une réimpression exceptionnelle, un défi logistique inédit qui a permis le retour du journal en kiosques 48 heures plus tard, comme l'a expliqué le journaliste Maxime Petit sur LinkedIn.
Des acheteurs identifiés comme proches de la mairie
Les buralistes ont affirmé que ces acheteurs n'étaient pas des clients habituels. En recoupant témoignages et images de vidéosurveillance, RSF a identifié plusieurs personnes liées à la mairie, dont Myriam Clerc, conseillère spéciale et ancienne collaboratrice parlementaire du maire Antoine Armand. Interrogée, elle n'a pas souhaité commenter. Sous couvert d'anonymat, un membre de la majorité municipale a confié que "certains élus ont été appelés pour acheter des journaux", une opération décidée "dans un moment de panique".
La mairie nie toute consigne
Le maire Antoine Armand, ancien ministre macroniste, a assuré à RSF et à l'Essor Savoyard "qu'aucune consigne n'a été donnée et qu'aucune organisation n'a été mise en place" pour étouffer l'affaire. Il a ajouté que, si l'opération était avérée, il la "désapprouverait avec fermeté". Anthony Granger, lui, a été placé en retrait de ses fonctions.



