Yves di Manno, figure majeure de la poésie contemporaine, est à la fois éditeur, poète et traducteur. Dans un entretien au Monde des livres, il revient sur son parcours et sa conception de la poésie, qu'il définit comme une « perturbation dans la réalité ».
Un parcours marqué par la traduction
Né en 1954, Yves di Manno a dirigé la collection « Poésie » chez Flammarion pendant plus de vingt ans, de 1995 à 2016, publiant des auteurs majeurs comme Pierre Reverdy, André du Bouchet ou encore Philippe Jaccottet. Il a également traduit de nombreux poètes américains, dont John Ashbery, Frank O'Hara ou encore Charles Reznikoff.
« La traduction est une école de lecture, explique-t-il. Elle oblige à entrer dans l'atelier du poète, à comprendre ses choix, ses rythmes, ses silences. »
La poésie comme perturbation
Pour Yves di Manno, la poésie n'est pas un divertissement mais une expérience qui bouscule les certitudes. « Elle vient introduire une perturbation dans la réalité, affirme-t-il. Elle déplace les lignes, fait vaciller les évidences. »
Cette conception exigeante de la poésie se retrouve dans son propre travail d'écriture. Il a publié une vingtaine de recueils, dont Les Désordres du monde (2018) et Le Silence des choses (2022).
L'édition comme engagement
Son travail d'éditeur a été marqué par une volonté de défendre une poésie exigeante, loin des modes. « J'ai toujours cherché à publier des œuvres qui résistent, qui demandent un effort au lecteur, confie-t-il. La poésie n'est pas une consommation, c'est une rencontre. »
Il a également contribué à faire connaître la poésie américaine en France, en publiant des anthologies et en organisant des rencontres. « La poésie américaine a été une révélation pour moi, dit-il. Elle m'a appris à lire autrement. »
Un héritage à transmettre
Aujourd'hui, Yves di Manno continue d'écrire et de traduire. Il prépare un nouveau recueil, dont il ne veut pas dévoiler le titre. « Ce sera un livre sur le temps qui passe, sur la mémoire, sur ce qui reste quand tout a disparu », dit-il.
Il se dit préoccupé par la place de la poésie dans le monde contemporain. « La poésie est marginale, mais c'est sa force, estime-t-il. Elle n'est pas soumise aux lois du marché. Elle peut dire ce que personne d'autre ne dit. »



