William Christie, figure emblématique de la musique baroque, fête ses 80 ans. Dans un entretien au Monde, il revient sur son parcours exceptionnel, de ses débuts aux États-Unis à la création de son ensemble Les Arts Florissants en France. « La musique était un moyen de ne pas me sentir seul », confie-t-il, évoquant son enfance à Buffalo, dans l'État de New York, où il grandit dans une famille mélomane mais peu expressive.
De l'Amérique à la France
Né en 1944, Christie découvre le clavecin à l'université Harvard, où il étudie l'histoire de l'art. « Je suis tombé amoureux de cet instrument », dit-il. Après un séjour à Londres, il s'installe à Paris en 1971, séduit par la richesse culturelle française. Il y fonde Les Arts Florissants en 1979, ensemble qui deviendra une référence mondiale dans l'interprétation de la musique baroque française et italienne.
Un pionnier du baroque
Christie a joué un rôle clé dans la redécouverte d'œuvres oubliées, notamment de Marc-Antoine Charpentier et Jean-Philippe Rameau. « Il y avait un véritable travail de recherche », explique-t-il. Son enregistrement de l'Actéon de Charpentier en 1982 marque un tournant. « Nous avons montré que cette musique pouvait être vibrante et moderne. »
La transmission avant tout
À 80 ans, le chef d'orchestre ne compte pas ralentir. « La transmission est essentielle », insiste-t-il. Il dirige régulièrement des masterclasses et a créé une académie pour les jeunes musiciens au sein de son ensemble. « Il faut donner aux jeunes les clés pour comprendre cette musique. » Il prépare également un projet autour de l'Hippolyte et Aricie de Rameau pour 2027.
Un regard sur l'évolution de la musique baroque
Interrogé sur l'évolution du genre, Christie se réjouit de la démocratisation du baroque. « Il y a trente ans, on nous prenait pour des marginaux. Aujourd'hui, le public est immense. » Il note toutefois que le risque de standardisation existe. « Il faut préserver la diversité des interprétations. »
Le chef d'orchestre américain naturalisé français en 1995 se dit « infiniment reconnaissant » à la France pour son accueil. « Ce pays m'a tout donné. » Il continue de partager sa passion avec un enthousiasme intact, convaincu que « la musique baroque a encore beaucoup à offrir ». « Elle parle de l'âme humaine, de ses joies et de ses peines. »



