Un demi-siècle après, le casse de la Société générale de Nice renaît en bande dessinée
Cinquante ans après le mythique casse de la Société générale de Nice, l'artiste et autrice niçoise Virginie Broquet replonge dans l'une des affaires criminelles les plus fascinantes du XXe siècle avec « Casse à Nice », un roman graphique en noir et blanc paru aux éditions Baie des Anges et préfacé par l'avocate Mireille Magnan. L'ouvrage sera présenté lors du festival du livre de Nice les 29, 30 et 31 mai.
Une rencontre décisive
Tout est parti d'une rencontre et d'une plaidoirie. L'été dernier, Mireille Magnan, alors jeune avocate au barreau de Nice au moment des faits, confie à Virginie Broquet le texte de sa défense de Gérard Vigier, considéré comme l'une des têtes pensantes du gang des égoutiers. « Quand j'ai lu cette plaidoirie, ça m'a décidée », raconte l'autrice. « J'ai été fascinée par cette histoire, par ces personnages, par leur destin. »
Le récit du casse du siècle
Le livre retrace l'incroyable épopée d'Albert Spaggiari et de ses complices, qui, durant le pont du 14 juillet 1976, creusèrent un tunnel dans les égouts de Nice afin d'atteindre la salle des coffres de la Société générale. Le butin – 50 millions de francs et des milliers de bijoux – fit entrer l'affaire dans la légende, tout comme la phrase laissée à la craie sur les murs : « Sans arme, ni haine, ni violence. »
Avec son trait direct sur tablette et une esthétique volontairement cinématographique, Virginie Broquet compose un récit haletant où les égouts deviennent presque un décor de film noir. L'autrice s'est nourrie d'archives, d'anciennes unes de Nice-Matin (dont la fameuse « Envolé Spaggiari ! » en gros titre au lendemain de sa spectaculaire évasion depuis le palais de justice) et d'anecdotes recueillies auprès de témoins ou de proches des protagonistes. « Dès que je parle de Spaggiari, quelqu'un me raconte un souvenir. Cette histoire appartient à la mémoire collective niçoise », sourit-elle.
Un personnage romanesque
Au fil des pages, l'artiste explore aussi la personnalité romanesque de Spaggiari : ado en fugue fasciné par Salvatore Giuliano, un mafieux notoire, il devient tour à tour parachutiste en Indochine (où il détourne la caisse du Milk bar, un bordel de Hanoï), militant de l'OAS, photographe pour la mairie de Nice, écrivain en cavale répondant aux questions de Bernard Pivot lors d'un Apostrophes délocalisé à Milan. Un personnage provocateur en diable. « La réalité dépasse la fiction », glisse Virginie Broquet, qui se souvient d'avoir « suivi ce feuilleton sans pareil, comme toutes les familles à l'époque », alors qu'elle-même était âgée de 8 ans.
Un livre construit autour du chiffre 50
Construit autour du chiffre 50 – 50 ans après les faits, 50 millions dérobés, 50 pages – « Casse à Nice » ressuscite un épisode devenu mythique. Une histoire de truands, de panache et de tunnels obscurs qui continue, un demi-siècle plus tard, de nourrir l'imaginaire niçois, et pas seulement.
Casse à Nice. Virginie Broquet. Baie des anges éditions. 50 pages. 15 euros.



