Après 50 ans de carrière dans l'écriture, Joëlle Wintrebert perçoit environ 1 200 euros de retraite par mois. Ce montant, bien que modeste, résulte d'une vigilance administrative constante et de revenus complémentaires obtenus grâce à des interventions en milieu scolaire et en bibliothèque. Elle raconte comment elle est parvenue à gagner sa vie dans un métier où les revenus sont irréguliers et incertains.
Un métier sans garantie
Joëlle Wintrebert, autrice montpelliéraine installée à Castelnau-le-Lez, ne nourrit plus d'illusions sur le métier d'écrivain. « L'auteur, il n'a aucune assurance. Il va passer un an à écrire un roman mais n'a aucune garantie que son livre sera finalement publié. Et par ailleurs, avant de toucher vraiment les dividendes de son travail, il pourra se passer beaucoup de temps », explique-t-elle. Ce constat sans appel reflète une réalité où la passion se heurte à des conditions économiques difficiles.
L'offre littéraire est abondante, peut-être trop. Les maisons d'édition multiplient les contrats, quitte à vendre peu par auteur, laissant les écrivains noyés sous la production des autres. Joëlle Wintrebert reconnaît avoir eu de la chance : « J'étais la seule romancière d'anticipation en France quand j'ai commencé. Je n'avais pas trop de problèmes pour me faire éditer. » Ses débuts furent marqués par des tirages conséquents : « À l'époque, quand j'étais publiée en poche, c'était tiré à 30 000 exemplaires. On vendait ces tirages et les livres étaient réimprimés. On arrivait à 50 000 exemplaires. Aujourd'hui, les poches sont tirés à 2 000, 3 000, voire 5 000 exemplaires dans le meilleur des cas. »
Des revenus complémentaires indispensables
Pour compléter ses revenus, Joëlle Wintrebert a exercé plusieurs métiers : journaliste, traductrice, scénariste. Elle a également profité de sa carte de femme de lettres pour trouver des ressources lors des années difficiles. « Quand je vivais vraiment de ma plume, je vivais de mes droits d'auteur, des revenus accessoires aux droits d'auteur », précise-t-elle, évoquant les animations d'ateliers, les interventions dans les écoles et les participations aux salons.
Ses romans pour adultes lui rapportent entre 7 et 10 % du prix de vente. Mais elle s'est aussi tournée vers la littérature jeunesse, où les droits sont partagés avec l'illustrateur : « L'illustrateur et l'auteur se partagent les droits à parts égales. Ça pouvait monter, royalement, à 5 % chacun. Donc publier en jeunesse, c'est encore plus difficile que publier pour les adultes. » Son succès a longtemps compensé cette marge réduite : « Quand vous publiez en jeunesse et que vous vous faites un petit nom, vous allez beaucoup être sollicité pour intervenir en milieu scolaire, en bibliothèque… Alors les éditeurs se disent qu'il n'y a pas besoin d'augmenter les droits parce que vous avez les moyens d'avoir des revenus accessoires. »
Une retraite modeste mais méritée
Grâce à ces revenus annexes, Joëlle Wintrebert a pu cotiser pour la retraite lors des années difficiles. En France, il faut gagner 7 212 euros de droits d'auteur pour valider quatre trimestres. Elle a toujours réussi à atteindre ce seuil : « J'ai toujours réussi à valider suffisamment de droits d'auteur pour maintenir mon statut professionnel », confie-t-elle. Ce statut et sa vigilance administrative lui permettent, à 76 ans, de percevoir environ 1 200 euros de retraite mensuelle.
Ce montant reste insuffisant pour vivre seule : « Heureusement que je suis mariée, mon mari gagne bien sa vie. Si je devais en vivre, ça serait plus compliqué. Et encore, j'ai de la chance parce que j'ai des amis auteurs qui, eux, ont fait valoir leurs droits tardivement et qui ont 300 euros ou 400 euros en droit de retraite », ajoute-t-elle. Le couple est propriétaire d'une maison dans le Minervois, « au milieu de la garrigue et de la pinède ».
Le versement des droits d'auteur est irrégulier : « La plupart du temps, vous êtes payés en avril. Mais ça arrive très souvent que vous ne soyez payés qu'en septembre. Les éditeurs sont fautifs. Normalement, ils ont l'obligation de faire deux relevés de droits d'auteur par an. » Militante du Syndicat des écrivains de langue française, Joëlle Wintrebert a bénéficié de conseils précoces : « Je savais exactement ce qu'il fallait faire. »
L'âge d'or révolu
Héritière de Mai-68, Joëlle Wintrebert s'est imposée dans un monde littéraire alors dominé par les hommes. Son premier roman, Les Olympiades Truquées, est devenu un classique, revenant tous les quatre ans dans les librairies, ce qui lui a valu des rééditions. Malgré « la catastrophe » que vivent les auteurs, elle se considère comme une miraculée, sauvée par un succès précoce, un timing évident, une rigueur implacable et un suivi méticuleux de ses droits.
« Il est complètement illusoire de penser qu'on va vivre de sa plume dès l'écriture de son premier roman », souffle celle qui a fait carrière sur des illusions passées ou futures. Elle écrit encore, mais moins qu'avant, et fait peut-être partie de la dernière génération d'auteurs ayant réussi à vivre de leur plume, loin de l'hyper médiatisation des grands noms et de leurs best-sellers.



