Raoul Vaneigem, figure majeure de la pensée libertaire, est mort à 92 ans
Raoul Vaneigem, penseur libertaire, mort à 92 ans

Raoul Vaneigem, écrivain et philosophe belge, figure majeure de la pensée libertaire et critique féroce de la société de consommation dans les années 1960, est mort à 92 ans en Espagne, où il vivait. La nouvelle a été confirmée jeudi à l’AFP par ses proches. Selon une source dans son entourage, Raoul Vaneigem s’est éteint dans la nuit de mardi à mercredi dans son appartement sur la côte catalane près de Barcelone. Il est parti « de mort douce et naturelle », a précisé cette proche, préférant conserver l’anonymat. Les obsèques devraient être célébrées dans l’intimité, selon elle.

L’auteur du Traité de savoir-vivre, bréviaire de Mai 68

Né en mai 1934 à Lessines dans le Hainaut belge, Raoul Vaneigem grandit dans un milieu modeste et anticlérical, bercé par la culture ouvrière de son père, syndicaliste cheminot. Après sa scolarité à Lessines et à Ath notamment, il suit des études de littérature et de langues anciennes à Bruxelles, puis se tourne vers l’enseignement durant une dizaine d’années.

La rencontre avec Guy Debord, à l’été 1961 à Paris, constitue l’un des tournants de sa vie. Aux côtés de l’auteur de La Société du spectacle, il devient l’un des piliers de l’Internationale situationniste, organisation révolutionnaire libertaire animée et créée en 1957 par Guy Debord. Ce mouvement de rupture radicale mêle théorie politique et culture du détournement, pour mieux combattre l’aliénation du monde du travail. Une pensée qui a profondément nourri la révolte de mai 1968.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Paru en 1967, son Traite de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations était l’un des bréviaires des étudiants de mai 1968 à Paris, un éloge de l’émancipation individuelle contre le consumérisme triomphant. Vaneigem y prônait une « révolution de la vie quotidienne », invitant chacun à refuser le rôle de consommateur passif.

Une vie de révolte et d’écriture

Il quitte l’Internationale situationniste en 1970, après une rupture avec Debord qu’il ne reverra jamais. Spécialiste des hérétiques médiévaux, rabelaisien, il poursuit alors une œuvre foisonnante d’une cinquantaine de livres, entre essais sur l’autogestion et études historiques des mouvements de résistance au christianisme.

Loin des médias et du milieu intellectuel parisien, il vit retiré entre la campagne de l’Yonne et un petit appartement face à la Méditerranée, sur la côte catalane. Soutien de la révolte zapatiste au Chiapas dans les années 1990 puis des « gilets jaunes » en 2018-2019, il n’avait rien perdu de sa flamme contestataire. « La démocratie est dans la rue, non dans les urnes », confiait-il dans un rare entretien au Monde en 2019.

Hommages et héritage

Un de ses éditeurs, la maison française Libertalia, a salué sur le réseau X « une vie d’irrévérence et d’attachement viscéral à la liberté ». La philosophe et militante féministe Françoise Vergès a également rendu hommage à « un penseur radical qui a su inspirer plusieurs générations de contestataires ».

Raoul Vaneigem laisse derrière lui une œuvre qui continue d’influencer les mouvements antiautoritaires et écologistes. Son Traite de savoir-vivre a été réédité à de nombreuses reprises et reste étudié dans les universités comme un classique de la pensée critique du XXe siècle.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale