Éléa Marini, autrice montpelliéraine, remporte le 6e prix Habiter le monde pour son premier roman Le ciel l'a mauvaise publié aux éditions de l'Olivier. Le jury du Prix Habiter le monde 2026 a rendu son verdict : Éléa Marini est la lauréate de cette sixième édition. Professionnellement, elle travaille comme scripte sur des séries et des films.
Un roman post-catastrophe
Dans son livre, la romancière embarque le lecteur dans une débâcle post-catastrophe. Une puissante tempête est passée, l'eau a envahi les rues, il faut fuir. Trois destins se croisent : Alma, une jeune femme déracinée ; Bo, un gamin insolent qui cherche sa mère ; Isaac, un solitaire taciturne reclus dans les bois. Ils n'ont aucun lien particulier les uns avec les autres, mais l'ouragan a balayé leurs vies, comme celles de tous ceux qui se retrouvent mis à l'abri dans un gymnase en attendant. En attendant quoi ? Les nouvelles de la ville sont mauvaises, l'eau marron a tout envahi et l'atmosphère est poisseuse.
Une grande place à l'oralité
Ni le nom des personnages ni les descriptions n'aident à se situer : la catastrophe est universelle, la nécessité de s'adapter pourrait nous concerner un jour. « J'ai trouvé plus intéressant de traiter la tragédie climatique sur un mode plus symbolique et universel et de regarder comment elle peut faire naître une communauté d'existences », s'en explique-t-elle. Admiratrice de Steinbeck, la romancière déploie une forme de désespoir résigné qui évoque l'errance de George et Lennie dans Des souris et des hommes. Ses dialogues sonnent juste dans un texte qui laisse une grande place à l'oralité. Et dans le chaos, une fragile communauté finit par se reformer. Bo, Alma et Isaac vont réhabiter le monde comme ils peuvent, et c'est déjà beaucoup.
Rendez-vous pour rencontrer l'autrice le 21 mai
Les difficultés actuelles de la librairie Sauramps, qui sera pour la première fois absente de la Comédie du livre, n'empêcheront pas la remise du prix à Éléa Marini. Cette rencontre se tiendra le jeudi 21 mai, à 18 heures, au sein de l'enseigne du Triangle à Montpellier. Il sera possible de rencontrer de nouveau Éléa Marini au grand rendez-vous littéraire de la Comédie du livre aux jardins du Peyrou, le vendredi 22 mai sur le stand de la librairie l'Epluche-livres.
En 2021, lors du lancement du prix par Midi Libre et la librairie Sauramps, la volonté affichée était de valoriser des textes témoignant des grandes mutations de nos sociétés à l'heure du dérèglement climatique. Les auteurs contemporains sont pour beaucoup traversés par ces questions : habiter un monde plus chaud, moins sûr, réinventer notre rapport au vivant, repenser nos liens… Le sujet est vaste et l'inspiration ne manque pas.
Extrait de Le ciel l'a mauvaise
« Dans le gymnase couvert qui tient lieu de refuge, ils sont des centaines à s'entasser. Tous ceux qui n'ont pas pu, pas voulu fuir. Parmi eux, il y a les arrivés tôt, ceux venus dès les premières gouttes. Et les autres, les repêchés, récupérés sur des toits ou des radeaux de fortune. Tous ont ce même air, fiévreux et halluciné. Le dos voûté, les bras mous comme des poupons en tissu. En se heurtant aux corps sur son chemin, Alma se dit que les vents ne se sont pas contentés d'emporter les choses, ils ont aussi changé les gens. »
Le jury et la sélection
Les libraires de Sauramps réalisent une présélection à partir d'une trentaine d'ouvrages pour aboutir à cinq livres finalistes. À charge du jury, présidé par le journaliste Claude Sérillon, d'établir le choix définitif. Un jury composé des partenaires que sont Midi Libre, la Métropole de Montpellier, Radio Aviva, ainsi qu'un lecteur de Sauramps tiré au sort. Cette année, Claude Matichard a pris part à la petite équipe composée de Marion Pinvin (libraire à Sauramps), Régis Pénalva (directeur de la Comédie du livre), Camille Tabet (en charge d'une émission littéraire sur Radio Aviva) et Édith Lefranc (journaliste à Midi Libre).
Le ciel l'a mauvaise, Éléa Marini, éditions de l'Olivier, 301 pages, 20 €.



