Avec 2 100 milliards d'euros placés, les contrats d'assurance-vie représentent un véritable poids lourd de l'épargne en France. Dotée de caractéristiques juridiques et fiscales inégalées et d'un fonds en euros solide, elle a su séduire les Français. Le rebond de la collecte observé depuis deux ans montre que ces derniers la plébiscitent toujours. Cette place à part dans le patrimoine des ménages en fait aussi un produit avec lequel il faut compter du côté des autorités, d'autant qu'il finance à coups de milliards d'euros la dette de l'État et ses ambitions, notamment autour de la défense.
Ce statut n'est pas sans susciter des convoitises. Courtiers, mutuelles, fintechs… De nombreux acteurs se lancent chaque année avec leur contrat pour essayer de capter une petite part de ce gâteau, avec un succès variable tant l'offre est désormais abondante et concurrentielle. D'autres préfèrent la fustiger, en mettant l'accent sur son coût. Un tacle mérité mais qui tend à s'améliorer, sous la pression de Bruxelles en particulier.
Un rebond des rendements confirmé
Atone au virage des années 2020, quand ses rendements pointaient vers 0, le fonds en euros a confirmé en 2025 son rebond amorcé depuis trois ans. Le taux moyen du marché a atteint 2,6 % net de frais, avant taxes sociales (2,15 % après). Et, sauf imprévu de taille, il en ira de même cette année, voire en 2027. La raison ? « La courbe des taux obligataires s'est normalisée, retrouvant une forme plus saine, où les taux longs deviennent à nouveau supérieurs aux taux courts, ce qui s'avère très favorable à l'assurance-vie, un métier de temps long », explique François-Régis Bernicot, président du directoire de Suravenir (Crédit Mutuel Arkéa). Dans ce contexte, les fonds en euros ont donc « retrouvé leur compétitivité », selon Philippe Crevel, directeur du Cercle de l'épargne.
Un tableau en trompe-l'œil
De quoi rassurer les épargnants, qui constatent a contrario la moindre rémunération des produits bancaires, livret A en tête (+ 1,50 % depuis le 1er février 2026). Flatteur, ce tableau est toutefois un remarquable trompe-l'œil. Sur le marché, les rendements ont couru l'an passé de 1,10 % à 4,50 % pour les contrats en cours de commercialisation. Répétés année après année, de tels écarts ont des effets sur la valorisation de l'épargne. Ainsi, 50 000 euros placés sur un fonds en euros à 2 % par an pendant dix ans donneront 60 950 euros au terme. À 3 % par an, l'épargne atteindra 67 196 euros. Et à 4 % par an, le capital se montera à 74 012 euros.
Avec a minima 250 contrats différents commercialisés, la liste des rendements ne cesse de s'allonger. Elle reste aussi très difficile à décrypter pour deux raisons majeures. Primo, la communication des assureurs est partielle, ciblant certains contrats et omettant souvent d'indiquer en regard les encours gérés, alors qu'il s'agit d'un engagement déontologique de leur profession. Secundo, la variabilité du taux pour un même contrat est désormais monnaie courante. Ainsi le rendement varie souvent plus ou moins selon la part de fonds risqués (les unités de compte) détenue par l'assuré, ses encours sous gestion, ou encore le recours ou non à la gestion pilotée. Par exemple, le Conservateur a servi de 1,10 % à ses assurés ayant moins de 40 % de fonds risqués et moins de 150 000 euros sur leur contrat jusqu'à 4,25 % à ceux avec plus de 70 % de fonds risqués et plus de 150 000 euros !
Savoir évaluer les bonnes enseignes
Ces tactiques ont de quoi déconcerter les épargnants, sans compter les multiples opérations de bonus sur les taux, réservées aux nouveaux versements. Comment y voir clair ? Et comment profiter réellement des meilleurs fonds en euros ? D'abord en évaluant les enseignes principales du marché, pour constater que toutes ne brillent pas. Il faut donc aller chercher au-delà. Pour cela, appuyez-vous sur la hiérarchie des taux observée depuis quatre à cinq ans. Sans conteste, des mutuelles d'épargne de moindre renommée - citons Garance, La France Mutualiste, Carac, MIF, MACSF, etc. – y font la course en tête.



