Les belles promesses de Pierre Lemaître : que vaut le dernier tome des Années glorieuses ?
Pierre Lemaître : que vaut le dernier tome des Années glorieuses ?

Pierre Lemaître achève sa trilogie des Années glorieuses avec Le Grand Monde, un roman de 600 pages qui mêle saga familiale et fresque historique. L'écrivain, prix Goncourt 2013 pour Au revoir là-haut, y dépeint les années 1950-1960 à travers le destin des Pelletier, une famille de notables de province.

Une fresque historique ambitieuse

Le roman s'ouvre en 1952, alors que la France panse encore les plaies de la guerre. Les Pelletier, propriétaires d'une entreprise de textile à Lille, voient leur monde vaciller face aux mutations économiques et sociales. Pierre Lemaître excelle à décrire les tensions entre tradition et modernité, avec une plume précise et souvent mordante.

L'auteur alterne les points de vue des différents membres de la famille : le père, Louis, patriarche autoritaire ; la mère, Angèle, femme effacée mais lucide ; et leurs trois enfants, Jean, Françoise et Étienne, chacun confronté à ses propres défis. Cette structure polyphonique permet d'explorer des thèmes variés : l'émancipation féminine, les prémices de la décolonisation, l'essor de la consommation de masse.

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Un style maîtrisé mais inégal

Si la première partie du livre captive par son rythme et ses dialogues ciselés, la seconde moitié souffre de quelques longueurs. Certains chapitres, notamment ceux consacrés aux aventures d'Étienne au Liban, semblent moins inspirés. « J'ai voulu montrer comment l'histoire globale impacte les destins individuels, mais peut-être ai-je trop multiplié les péripéties », confie l'écrivain dans un entretien au Point. Selon lui, ce troisième tome est « le plus abouti de la trilogie, car il boucle les arcs narratifs ouverts depuis le premier volume ».

Le roman compte plus de 200 000 exemplaires en tirage initial, un chiffre impressionnant pour une œuvre littéraire exigeante. Les libraires interrogés saluent « un retour au roman populaire de qualité, dans la lignée des grands feuilletonistes du XIXe siècle ».

Un final en demi-teinte

La conclusion du Grand Monde laisse un goût amer. Lemaître choisit de ne pas tout résoudre, préférant ouvrir des pistes plutôt que de refermer définitivement le livre. « La vie continue, même après la dernière page », écrit-il en épilogue. Un parti pris qui divise : certains lecteurs y verront une marque de respect pour l'intelligence du public, d'autres une facilité.

Néanmoins, la qualité d'écriture reste indéniable. Les descriptions des paysages du Nord, les scènes de repas familiaux, les dialogues entre générations : tout cela porte la marque d'un grand écrivain. Les amateurs de la première heure retrouveront avec plaisir la verve et l'humour noir qui ont fait le succès de Lemaître.

Verdict : un roman nécessaire mais imparfait

Le Grand Monde est une œuvre ambitieuse, parfois inégale, mais toujours passionnante. Elle confirme Pierre Lemaître comme l'un des meilleurs romanciers français actuels, capable de conjuguer exigence littéraire et plaisir de lecture. À lire pour la fresque historique, pour les personnages attachants, pour la plume. Mais préparez-vous à refermer le livre avec un sentiment de frustration mêlé d'admiration.

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