Alors que les cancers se multiplient et que la biodiversité s'effondre, le gouvernement s'apprête à voter le retour de deux pesticides interdits pour calmer la colère agricole. Le nouveau texte de loi d'urgence agricole, dit « Loi Duplomb 2 », a pour but de préserver les rendements face à des produits étrangers plus compétitifs et moins régulés.
Un laboratoire à ciel ouvert pour des cultures sans pesticides
À 20 minutes, nous nous sommes demandé ce que pensent vraiment les scientifiques d'un scénario où l'on supprimerait les pesticides du jour au lendemain. Pourrait-on produire autant et rester compétitifs ? Pour cela, nous avons épluché plusieurs pistes. Un projet, en particulier, a retenu notre attention : le projet MoBiDiv de l'INRAE, un laboratoire à ciel ouvert où des chercheurs travaillent sur des cultures sans pesticides à grande échelle.
Ces parcelles expérimentales abritent des semences du futur, gardées précieusement dans des frigos. Les scientifiques y testent des variétés résistantes aux maladies et aux ravageurs sans recourir aux produits chimiques.
Des résultats prometteurs pour une agriculture durable
Selon les chercheurs de l'INRAE, les premiers résultats montrent qu'il est possible de maintenir des rendements élevés sans pesticides, en combinant des pratiques agroécologiques comme la rotation des cultures, l'utilisation de variétés résistantes et le recours aux auxiliaires naturels. « Nous avons constaté une réduction significative des pertes de récoltes, même en l'absence de pesticides », explique un chercheur du projet MoBiDiv.
Cependant, ils reconnaissent que le passage à une agriculture sans pesticides nécessite une transition progressive et des investissements dans la recherche. « Il ne s'agit pas de supprimer les pesticides du jour au lendemain, mais de développer des alternatives viables à grande échelle », ajoute-t-il.
Un défi pour la compétitivité française
La question de la compétitivité reste centrale. Les produits étrangers, moins régulés, peuvent être moins chers. Mais selon les scientifiques, une agriculture sans pesticides pourrait à terme réduire les coûts liés à la santé publique et à la dépollution de l'eau. « Le coût réel des pesticides est bien plus élevé que leur prix d'achat, si l'on prend en compte les externalités négatives », souligne un rapport de l'INRAE.
Le projet MoBiDiv, qui s'étend sur plusieurs régions françaises, vise à démontrer qu'il est possible de nourrir la France sans pesticides, tout en préservant l'environnement et la santé des agriculteurs et des consommateurs.



