Alors que la panthéonisation de l'historien Marc Bloch est évoquée, le biographe Peter Schöttler met en garde contre une possible récupération nationaliste. Selon lui, Bloch, résistant mort en 1944, était un Européen convaincu, dont l'œuvre dépasse les frontières.
Un historien européen avant tout
Peter Schöttler, auteur d'une biographie de référence sur Marc Bloch, souligne que ce dernier était un « Européen » dans sa pensée et ses engagements. Co-fondateur de l'école des Annales, Bloch avait une vision transnationale de l'histoire, rejetant les récits nationaux étroits. « Le placer au Panthéon pourrait renforcer une lecture nationaliste de son œuvre, alors qu'il était profondément européen », explique Schöttler dans un entretien au Monde.
Les risques d'une récupération politique
La panthéonisation, décision politique par excellence, pourrait selon Schöttler instrumentaliser la mémoire de Bloch. « On risque de l'enfermer dans un récit patriotique, alors que son travail appelait à dépasser les cadres nationaux », ajoute-t-il. Bloch, fusillé par les nazis en 1944, est souvent présenté comme un martyr de la Résistance, mais sa pensée historique était résolument ouverte sur l'Europe et le monde.
Un débat historiographique
Cette mise en garde intervient dans un contexte où plusieurs voix appellent à honorer Bloch au Panthéon. Pour Schöttler, il serait plus fidèle à l'esprit de Bloch de promouvoir une mémoire européenne et critique. « Il ne faut pas oublier que Bloch était un intellectuel engagé, mais aussi un savant qui a combattu les préjugés nationaux », conclut-il.



